Soins relationnels

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Le grand âge et la fin de vie confrontent l’aidant et/ou le professionnel à sa propre vulnérabilité, à la perspective de sa propre finitude et de son impuissance.

Face à la vulnérabilité et la souffrance qui tout à la foi nous interpellent et nous menacent, il peut être tentant de se réfugier derrière nos guides de bonnes pratiques jugées « bonnes pour la personne » et nos réponses aseptisées « ne vous inquiétez pas, on est là » qui nous évitent d’entendre les angoisses ou la souffrance morale de l’autre.

Si nous n’y prenons pas garde, nous risquons à tout moment de passer à côté de la personne, les réponses standardisées et l’activisme emballé dans des justifications médicales ayant aussi pour but de nous protéger de nos sentiments d’impuissance ou de nos propres questions existentielles.

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Il peut alors être tentant de transformer l’autre en objet de soin, de ne le voir qu’au travers les actes et les soins à accomplir, des désagréments que ses demandes incessantes génèrent sur notre planning, ou encore de le réduire à sa plainte (« il n’est jamais content ») à sa maladie (« c’est l’Alzheimer qui veut ça) ou à son apparence physique.

Il y a quelques années, une étude menée auprès de personnes âgées montrait que ce n’était pas tant la dépendance, les pertes ou la souffrance physique qui engendrait la dépression ou le désespoir, mais plutôt le sentiment d’être déconsidéré, de ne pas être compris, de ne pas être entendu.

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Entrer dans une démarche de soins relationnels, c’est donc considérer la présence à l’autre et l’écoute comme faisant partie intégrante du soin. C’est considérer la relation l’accompagnement et l’altérité comme ayant de réelles vertus thérapeutiques.

 C’est permettre une vraie relation entre 2 personnes : une relation où certes, le professionnel ou l’aidant apportent leurs compétences et leur humanité afin d’accompagner une autre personne dans une étape fondamentale de sa vie, mais aussi une relation entre 2 individus uniques, dépendants l’un de l’autre, qui font un bout de chemin ensemble, dans l’acceptation de leurs limites réciproques.

Entrer en soin relationnel, c’est renoncer à sauver l’autre sans pour autant renoncer à faire ce qu’il y a à faire, ni à ses compétences pour les faire. C’est laisser l’aidé devenir expert dans la relation, l’aidant permettant à la personne de se révéler et trouver en elle les réponses.

C’est cheminer avec la personne, en ayant conscience que ce chemin ne peut être accompli que par la personne aidée elle-même, dans la mesure où elle se sente suffisamment respectée dans ses doutes et encouragée par un regard qui ne l’enferme pas dans sa détresse. L’aidant pouvant proposer des pistes de réponses, mais la mise en route n’appartenant qu’à la personne elle-même.

C’est en ayant pleinement conscience du potentiel de l’autre à cheminer intérieurement que l’aidant pourra apporter une écoute thérapeutique ; La dignité ou la valeur d’une vie ne se décrétant pas, le bien être ne se donnant pas mais se construisant.

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C’est dans une relation qui ne réduit pas l’aidé aux stigmates du vieillissement ou à une parole parfois marquée par le sceaux d’un désespoir apparent que l’aide peut être véritablement efficace. La plainte et l’expression du désespoir pouvant être aussi considéré comme l’expression du moi intérieur qui ne demande qu’à émerger, le besoin impérieux de faire la paix avec soi et son passé, la nécessité de lâcher prise afin que l’être extérieur qui n’a effectivement plus grand-chose à attendre de la vie puisse laisser la place à l’être intérieur qui qui pourra alors rayonner d’une paix surprenante.

Un accompagnement où l’autre n’est ni objet de soin, ni objet de bientraitance, mais sujet dans cet accompagnement.

Un accompagnement où l’aidant n’est pas là pour forcément pour répondre aux désirs de l’aidé, mais pour le rejoindre dans son désir.

Une dynamique relationnelle où le savoir sur l’autre ne se possède pas mais se co-construit.

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Une relation où l’aidant est suffisamment différencié de l’aidé sans pour autant être condamné à sombrer dans une indifférence sensé le protéger.

Un regard où la reconnaissance de l’autre, de ses qualités humaines, de son potentiel,  n’est pas pour autant le déni de sa fragilité et de ses manques.

Un regard où la reconnaissance de la souffrance et des manques de l’autre ne le réduit pas pour autant à sa fragilité et laisse place à l’émergence de son potentiel..

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