manager les jamais content (suite et fin): Agir en amont

 

Même si elles sont souvent le fait de personnes connues pour leur propension à la critique systématique, il serait dangereux de ne voir dans les plaintes permanentes de certains salariés, que l’expression d’une problématique personnelle.

Les « jamais content » peuvent  aussi être entendus comme les symptômes d’autre chose :  il peut alors s’avérer pertinent de réfléchir à cet autre chose et d’agir dessus en amont.

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Des plaintes récurrentes liées à un sentiment de manque de reconnaissance

Pour être créative et efficiente, une équipe doit être composée de personnes différentes, il y aura toujours des personnes plus critiques que les autres, des individus réticents au changement, des professionnels plus volubiles ou introvertie ; et même si certains caractères peuvent en apparence nous apparaître comme des freins à la dynamique collective, ils ne sont pas un problème en soit.

 

Les études sur la dynamique de groupe nous ont appris depuis longtemps que « la mentalité » d’un groupe n’était pas la somme de l’addition des caractères qui le compose : autrement dit, contrairement aux idées reçues, il est faux de penser que la mentalité d’un groupe serait directement lié aux caractères, aux qualités et  aux défauts de ses membres. Le fonctionnement d’un groupe semble ainsi répondre à des « lois » qui ne dépendent pas directement des personnalités qui la composent, mais plutôt de son mode de leadership, du but commun partagé, de sa taille, de son organisation, de la manière dont elle permet à chacun d’avoir le sentiment d’y être utile, etc.

Il semble ainsi que lorsqu’un groupe va bien (lorsqu’il partage un but commun suffisamment fort, lorsque sa raison d’être est nourri par des motivations qui permet de  dépasser les problématiques individuelles), les névroses et défauts personnels qui d’habitude sont susceptible d’entraver la relation,  sont en quelques sortes sublimées par la dynamique collective qui canalisera naturellement les fortes personnalités.

Par contre, lorsque le groupe vit un mal être sous-jacent, lorsque ses membres n’y trouvent pas suffisamment de gratification, lorsque la motivation et les buts communs qui normalement fédèrent et permettent d’aller dans le même sens sont mis à mal, il ne sera plus à même de contenir les personnalités  névrotiques ; au contraires, ces dernières, par leurs attitudes, leurs plaintes ou leurs peurs qui prennent trop de place, catalyseront en quelque sorte les frustrations collectives, et peuvent donc être aussi considérés comme les « symptômes » de l’équipe, comme les portes paroles inconscient d’un groupe en voie de délitement.

Bien souvent, l’émergence de la parole des « jamais content » n’arrive pas par hasard. Au départ, elle peut même être désirée et acceptée par le reste de ‘l’équipe qui est heureuse d’avoir une grande gueule « pour dire tout haut ce que les autres pensent tout bas ». Au fur et à mesure du temps, elle finira certes par agacer, mais comme le « jamais content » au départ exprimait aussi la pensée du groupe personne n’osera alors la faire taire….

Pour Isabelle Apy,  http://www.dynamique-mag.com/article/comment-manager-energies-negatives.5227 ,  les personnes « négatives » « ne se sentent ni écoutés ni valorisés pour ce qu’ils sont et pour leur travail ». Le manager doit aussi entendre qu’à leur manière, malgré elles, elles sont aussi symptômes d’une organisation et d’un mode de management qui ne permet sans doute  pas aux professionnels de trouver suffisamment de reconnaissance et de gratitude pourtant nécessaire au travail du prendre soin.

Ce qui ne veut pas pour autant dire que le cadre de proximité en serait le fautif et qu’il manquerait de bienveillance !

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Nous avons déjà eu l’occasion sur ce blog, d’expliquer que lorsque l’encadrement était « happé » par la machine à gestion, que le management était réduit à la gestion de l’organisation, à produire des procédures ou à la mise en application de normes de fonctionnement et qu’il ne pouvaient de ce fait plus assumer ses fonctions essentielles de proximité, il y avait un grand risque  que les salariés en subissent les conséquences en terme de « mal-être au travail ».

https://iderco.wordpress.com/2012/12/07/le-cout-cache-dun-management-de-proximite-insuffisant-en-ehpad/

https://iderco.wordpress.com/category/management-de-proximite/page/2/

Les « jamais content » peuvent ainsi être le symptôme d’un sentiment collectif de manque de reconnaissance : non pas parce que le cadre manquerait de bienveillance vis-à-vis de son équipe,  mais par ce qu’il arrive qu’en raison d’un contexte tendu (accumulation de décès, tensions liés à des arrêts non remplacés,  des modes de communication interne impersonnels, etc) l’équipe n’arrive pas à percevoir ses paroles d’encouragement pourtant existantes. Car, il ne suffit pas d’avoir des gestes et des paroles qui témoignent de cette reconnaissance, il faut aussi les exprimer au bon endroit et au bon moment au risque que ces paroles deviennent alors inaudibles.

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Les râleurs, jamais contents, plaintifs et autres pourvoyeurs d’énergies négatives, peuvent aussi être considérés comme l’expression d’un besoin sous-jacent de l’équipe à retrouver du sens et de la motivation dans un travail de plus en plus prenant physiquement et psychologiquement.

Cela fait des années, que les pouvoirs publics, tirent sur la corde : malgré des manques patent de financement en personnel, les professionnels continuent à se donner corps et âmes pour prendre soin des personnes. Ils sont ainsi sont particulièrement sensible aux paroles et aux gestes de leur encadrement, quitte à interpréter négativement des silences, des oublis, des paroles anodines.

Considérons l’émergence de ces personnalités comme une invitation à renouveler nos gestes managériaux, comme une opportunité pour retravailler le sens avec les équipes, et aussi pour réapprendre à leur exprimer des gestes de gratitude auxquels ils sont sensibles.

Une fois n’est pas coutume, nous renvoyons le lecteur désireux d’agir en amont de relire quelques posts de ce blog

https://iderco.wordpress.com/2012/01/19/la-gratitude-dans-le-soin/

https://iderco.wordpress.com/2012/02/02/la-pensee-du-jour-dire-merci/

https://iderco.wordpress.com/2012/10/22/les-bienfaits-de-la-gratitude/

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