Mme Lambert et son animatrice … réflexion autour du soin relationnel auprès de personnes désorientées (1ère partie)

En ce temps où les ponts se succèdent, où l’actualité gérontologique est plutôt calme, nous vous proposons une petite histoire tirée d’une situation réelle, ainsi que quelques réflexions sur l’accompagnement des personnes dites « désorientées »: face aux personnes présentant des troubles du comportement où des atteintes cognitives, les professionnels sont souvent démunis. On a naturellement  tendance à chercher des explications du côté du cerveau et de la maladie, ce qui est légitime. On risque toutefois de se priver de clefs de compréhensions en oubliant que ce n’est pas seulement un déficit qui s’exprime, mais une personne avec ses émotions et ses peurs.

Trop souvent, nous oublions que les « réponses » se situent aussi dans la nécessaire rencontre avec cet autre qui nous intrigue et nous déstabilise. Trop souvent nous oublions que le soin relationnel est plus efficace sur le long terme, que les médicaments où les réponses comportementales. L’iderco ne doit pas porter seule la responsabilité du soin relationnel puisque celui-ci,  doit s’appuyer sur une approche globale de la personne, fruit de regards croisés des soignants, du médecin, du psychologue et des autres intervenants. Elle a par contre un rôle important dans la réalisation de ce processus puisque, en tant que responsable de l’organisation générale des soins et des professionnels, elle doit travailler à donner les conditions qui leur permette de  mettre en place cette dynamique…

113864982

 

Mme Lambert est une personne de 93 ans, elle assiste habituellement aux animations où les personnes comme elle, légèrement désorientées, sont amenées et participent aux activités. Mme Lambert marche à l’aide de son déambulateur, elle est relativement autonome, bien que l’on suppose un début de démence, puisqu’elle à du mal à se situer dans le temps et semble oublier les activités effectuées la veille. Elle semble reconnaître le personnel de la maison de retraite bien qu’elle n’arrive pas à se souvenir de leur prénom du fait de sa désorientation.

Elle a été placée par sa fille unique à la résidence, suite au décès de son mari il y a 3 ans. Même si elle ne s’est jamais opposée ouvertement à ce placement il semblerait qu’elle ne l’ai jamais acceptée non-plus.

Cet après-midi, un atelier vidéo-débat est proposé par Catherine, animatrice au sein de l’ehpad, qui a pensé que la projection d’un documentaire sur Venise, pourrait intéresser Mme Lambert puisque celle-ci évoque souvent avec un certain plaisir, le voyage qu’elle à fait il y a quelques années  avec son mari.

Au bout d’un quart d’heure de projection, Mme Lambert se lève, prend son déambulateur et se dirige vers la sortie. L’animatrice, l’apercevant lui demande si le reportage ne lui plaît pas.

« Mme Lambert que se passe-t-il ? Le reportage ne vous intéresse pas ?

– Je dois retrouver ma fille, elle m’attend. Il faut que je parte sinon elle va croire que je l’ai abandonné.

– Ne vous inquiétez pas, elle est partie travailler… Retournez donc à votre place pour profiter de ce magnifique documentaire sur Venise ?

– Mais non. Je l’avais amenée dans son fauteuil, mais elle doit être complètement perdue.

– Mais votre fille n’est pas perdue voyons, je vous dis qu’en ce moment elle travaille, c’est pour ça que vous êtes là.

– Mais non, vous ne comprenez rien. Puisque je vous dis qu’elle va me chercher… Et puis, je dois retourner chez ma mère…. »

Et Mme Lambert, énervée et visiblement déterminée tourne le dos à l’animatrice qui ne sait que dire.

Ce type de situation, relativement banale en institution, nous renvoie aux difficultés rencontrées face aux personnes désorientées, apparemment enfermées dans leur logique et hermétiques à nos paroles de réconfort. Il est difficile de trouver la bonne réponse, il est difficile de comprendre ce que vit la personne. Or l’un ne va pas sans l’autre. Pour répondre à la personne désorientée, il est nécessaire de tenter de décoder ce que la personne exprime dans son discours apparemment incohérent et de chercher à comprendre le besoin insatisfait exprimé par la personne ( en cela les techniques de validation développées par Naomi Feil sont très utiles)

Les difficultés à entendre ce que nous dit Mme Lambert

Mais avant de chercher à trouver les « bonnes réponses » (existe-t-il vraiment de bonnes réponses ?) il est nécessaire de saisir ce qui fait en nous obstacle à la compréhension de la personne et donc à la mise en forme d’une réponse plus adaptée

Pour Catherine, la difficulté à entendre et apporter une réponse adaptée témoigne de ce qui fait naturellement obstacle à l’écoute et à la compréhension de la personne désorientée, en premier lieu nos diverses peurs légitimes  engendrées par cette confrontation : peur de l’inconnu, peur de ne pas entrer en relation, peur de ne pas être un bon accompagnant, insécurité face à une personne dont le comportement est imprévisible, etc.

Les réactions déconcertantes de ces personnes nous confrontent ainsi à l’incertitude et l’inconnu, et donc aux interprétations erronées de leurs attitudes. Lors d’une activité, il n’est jamais agréable de voir les résidents vouloir partir avant la fin, ce qui sera perçu comme un signe de désintérêt, et donc parfois comme un échec de l’activité.

Ainsi, Catherine avait pensé  à juste titre que ce reportage apporterait de la joie à Mme Lambert et non de l’angoisse. Sa réaction la déstabilise d’autant plus qu’elle comptait sur Mme Lambert pour lancer la discussion d’après le reportage.

Une autre difficulté qui résulte de la première est le sentiment d’impuissance et de découragement ressentit face à l’inquiétude de la personne apparemment désorientée : celui-ci ne va pas nous permettre d’entendre la véritable demande qui se cache dans son attitude et donc d’y répondre; d’où l’impérieuse nécessité de donner des réponses qui ne prennent pas en compte réellement l’émotion de la personne.

Au lieu d’entendre l’angoisse de Mme Lambert,  Catherine essaye alors de la convaincre de revenir à l’activité. Elle n’entend pas le message de Mme Lambert et croit que son départ est lié à un désintérêt.

La difficulté à décoder le langage des personnes dites « désorientée » peut être génératrice d’angoisse et d’incertitude, d’où nos réponses qui inconsciemment sont parfois plus faite pour nous rassurer que rassurer l’autre. D’où, sans doute,  nos difficultés à entendre  que la personne, même si elle n’est pas dans notre logique, garde une cohérence qu’il faut entendre pour la rassurer.

(a suivre)

Publicités

2 réflexions sur “Mme Lambert et son animatrice … réflexion autour du soin relationnel auprès de personnes désorientées (1ère partie)

  1. merci pour la grande qualité de vos articles. Je suis moi-même psychologue en EHPAD … découragée par l’institution et en train de démissionner pour créer mon propre organisme de formation.
    Je pense que la reconnaissance de la complexité (au sens noble du terme) à être en lien avec les personnes souffrant de ces maladie est effectivement la clé de l’amélioration de nos pratiques.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s