Mme Lambert et son animatrice, 2 ème partie….

Ci dessous la fin du post publié il y a 15 jours…

Des paroles qui ont du sens.

Lorsqu’une personne est identifiée comme atteinte dans ses fonctions supérieures, il n’est pas toujours facile de considérer ses propos comme ayant une réelle subjectivité.

Ainsi, lorsque l’on accompagne une personne désorientée  il est  nécessaire d’entendre les propos de la personne  sur plusieurs niveaux:

– le message émotionnel manifesté par son attitude générale : Son inquiétude, voire son angoisse qui a besoin d’être reconnue et validée.

– l’angoisse de la personne tellement envahissante car non canalisée, qui l’amène à ne parle que d’elle, surtout quand elle parle des autres (l’autre comme objet  d’une préoccupation envahissante ou l’autre-vecteur sur lequel elle projette sa préoccupation). Un reproche apparent (« tu es en retard » « tu me fais mal » « mes enfants ne viennent jamais me voir ») devant être plus entendu comme une manière de parler de soi que d’un point de vue sur l’autre (« je t’attendais, j’avais peur que tu ne viennes pas car je me sens rejetable » « j’ai mal, j’ai peur d’avoir mal, je me sens vulnérable » « j’ai envie de voir mes enfants, je ne me sens pas intéressant, etc).

– Une certaine réalité  exprimée  au travers de ses propos apparemment décousus; réalité qu’il ne sert à rien de vouloir contredire.

Ainsi, nous pouvons entendre les propos  Mme Lambert sur plusieurs niveaux simultanés:

1er niveau : une inquiétude et/ou une angoisse qui peut avoir plusieurs sources: le sentiment d’enfermement dans une pièce exiguë, la douleur liée à l’absence de son mari réactivée par la vidéo sur Venise, des difficultés visuelles ou d’audition qui rendent difficile la concentration et la renvoie à des manques insupportables, etc…

2ème niveau : une tentative de partager un état intérieur difficilement transmissible. Considérant l’hypothèse que Mme Lambert parle d’elle quand elle parle des autres,  ses propos « ma fille se croit abandonnée », peuvent alors être entendues autrement: « je me sens Abandonnée (par ma fille) » ce qui pourrait être envisagé comme  une manière déguisée et plus acceptable d’exprimer des pensées « impensables » pour elle-même et pour son entourage. Pensées inacceptables que Mme Lambert ne s’autorise pas dire ou à exprimer et dont elle a pourtant besoin de se libérer en la partageant.

3ème niveau : une réalité concrète exprimée au travers de ses propos apparemment décousus .  Au départ Catherine, avait interprété ses paroles  « Je l’avais amené dans son fauteuil, mais elle doit être complètement perdue. » comme incohérentes. En fait, en début d’après-midi,  Mme Lambert avait été amenée au salon de coiffure de la résidence en fauteuil roulant alors qu’elle y allait habituellement en déambulateur. Madame Lambert s’était montré nerveuse et anxieuse, cette anxiété avait été attribuée aux aléas de sa maladie, et, non à sa peur de se montrer dépendante, peur qu’elle a souvent exprimée de manière directe ou indirecte, en particulier quand elle était confrontée aux personnes non-valides. L’inquiétude de Mme Lambert n’avait pas été entendue et elle avait peut-être profité de l’animation pour essayer d’en parler à Catherine … à sa manière !

La difficulté à trouver de « bonnes réponses » face à la personne désorientée doit nous interroger sur nos stratégies de réponses : et si c’était nous, et non la personne qui étions enfermés dans une logique, et hermétiques aux paroles de la personne ?

Épilogue

Catherine regarda Mme Lambert s’éloigner vers la salle à manger. Elle pris le temps de se centrer sur sa respiration et se rappela ce qu’elle avait appris en formation. Elle n’avait pas entendu Mme lambert, car elle n’était sans doute pas en condition pour entendre. Mme Lambert avait besoin qu’on entende ce qu’elle avait besoin de dire et qu’on la reconnaisse en tant qu’adulte. Elle s’avança au niveau de Mme Lambert qui s’arrêta et la dévisagea.

 

« Laissez moi passer, il faut que je retourne chez ma mère

– vous avez besoin de retourner chez votre mère ?

– arettez ! vous utilisez un truc pour me forcer à faire ce que je n’ai pas envie de faire !

– Vous pensez que j’utilise un truc pour vous faire faire des choses que vous n’avez pas envie de faire?

– Mais vous voyez, vous recommencez à vouloir me faire taire ! »

Catherine réalisa alors que les propos de Mme Lambert étaient particulièrement sensée : elle utilisait belle et bien une technique de reformulation, non pas dans le but de s’intéresser à Mme Lambert, mais pour la persuader de changer d’avis. Elle se centra sur l’émotion de Mme Lambert et repris :

 

« Vous avez raison, je ne vous écoutais pas. Je vous présente mes excuses si vous ne vous êtes pas senti respectée. Vous me disiez qu’on voulait vous faire taire.

– Ah… vous commencez ah comprendre…Ici on veut toujours me faire faire des choses que je ne veux pas…

–  Vous aimeriez être plus libre dans vos choix ?

– Vous savez je n’ai pas décidé de venir ici… » Et Mme Lambert soulagée d’être comprise  et écoutée se mis à expliquer ce qui la mettait en colère.

 

Catherine avait compris que son désir d’atteindre son objectif, réussir un débat avec des personnes légèrement désorientées, avait été un obstacle à la compréhension de Mme Lambert. La réussite d’un accompagnement pouvait aussi résider dans la liberté de la personne à vivre ses émotions et ne pas assister aux activités censées leur faire du bien.

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