la pensée du jour: du rapport à l’outil et aux méthodes pronées en gérontologie

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Depuis plusieurs années, la bientraitance et les « bonnes pratiques » sont au cœur des préoccupations des institutions  gérontologiques.

A priori c’est une bonne chose. S’interroger collectivement sur les pratiques et la manière d’accompagner les personnes est une nécessité, dont  heureusement la majorité des professionnels et des structures n’ont pas attendus la loi 2002-2 pour s’en saisir;

Toutefois, il existe actuellement un risque: que la réflexion collective soit comme anesthésiée par ces recommandations, qui comme le rappelle l’anesm ( qui a élaboré les recommandations de bonnes pratiques, qui ont trop souvent servis de référentiel d’évaluation lors des évaluations externes) sont des « repères, des orientations, des pistes pour l’action » et ne sont « ni des dispositions réglementaires (…) et ne sont pas à prendre comme un référentiel d’évaluation ».

Il pourrait ainsi être tentant pour le manager, de croire que la bientraitance ou l’accompagnement des personnes pourrait être codifié dans un catalogue de bonnes pratiques, dont les professionnels seraient les exécutants. Au risque d’oublier, que pour un soignant ou un travailleur social, c’est bien dans ce questionnement collectif et individuel que réside l’amélioration et la personalisation des pratiques.

Si il est indispensable d’avoir des référentiels et de s’appuyer sur des outils, il est important de se rappeler qu’ils ne sont que des outils au service d’un projet lui même au service de professionnels au service de personnes âgées vulnérables.

Ils ne peuvent donc en eux même, par leur application, garantir un accompagnement de qualité: ces recommandations étant des indicateurs d’une démarche globale, révélateurs de la cohérence institutionnelle, dont les choix organisationnels où les choix d’outils sont issus d’une vision partagée.

Cette vision partagée, ne peut pas avoir valeur de vérité: elle représente la manière dont l’institution pose son regard sur l’accompagnement; regard qui se nourrit de la manière dont on perçoit les publics accompagnés, la vieillesse et la manière dont on pense le soin.

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Il en est de même en ce qui concerne les méthodes et les orientations théoriques qui fondent les pratiques des professionnels. Il existe aujourd’hui un foisonnement de « méthodes » qui proposent des outils d’accompagnement plus ou moins structurés. Certains se référeront à l’humanitude, d’autre à la validation, d’autres à la méthode Montessori, à l’approche carpe Diem ou encore  aux méthodes comportementales, etc. La plupart propose des approches pertinentes, pleine de bon sens, d’autres croient avoir inventées l’eau chaude et le font savoir.D’autres interrogent l’éthique et ce n’est pas si mal.  La question n’est pas ici de critiquer le bien fondé de telle ou telle méthode, ou de définir laquelle serait la meilleure, mais d’interroger le rapport de l’institution à l’outil.

Face aux problématiques de dépendances et de troubles du comportement, les institutions peuvent d’autant plus se sentir désarmées  que les moyens d’accompagnement apparaissent limités. Il pourrait alors être tentant de s’accrocher aux « méthodes » qui peuvent leur apparaître comme « la » solution, alors que ces dernières ne restent que des outils.

ans remettre en question le bien fondée de telle ou telle approche,  il apparaît toutefois essentiel de pointer du doigt le risque  d’asservissement à l’outil, dans le sens où ce ne serait plus aux outils de s’adapter aux résidents mais bel et bien aux résidents de s’ajuster aux pratiques sensées être « bonne » pour eux.

Si la relation de soin est une relation entre 2 personnes uniques, la relation aidant/aidé place la personne aidée dans un statut d’objet. Objet de soin, objet de bientraitance, objet d’une pratique sensée lui faire du bien. Il appartient alors à l’aidant  de replacer la personne aidé dans un statut de sujet, c’est à dire dans sa place singulière, d’être subjectif, ayant des réactions propre à ce qu’il est d’unique, réactions non enfermables dans tel ou tel interprétation ou action stéréotypé.

Quel que soit l’outil ou la méthode utilisé, celui-ci doit permettre un accompagnement véritable, afin que le soin aboutisse à un véritable relation de sujet à sujet et non de sujet à objet.

 Il apparaît pourtant que dans certaines institutions, des professionnels formés à telle ou telle démarche « bientraitante » semblent être dans l’incapacité d’interroger leur rapport à l’outil, comme si la nature de la méthode était plus importante que la relation singulière a établir.

Le travail en gérontologie nécessite une remise en question permanente des pratiques, des outils, et des méthodes utilisés. Certaines personnes, confondant sans doute remise en question et remise en cause personnelle, semblent dans l’incapacité d’interroger leurs pratiques, comme si  cette interrogation représentait une menace pour leur propre identité professionnelle. Ces professionnels, qui donnent parfois le change en apparaissant sur d’eux, voir arrogants ou donneur de leçons, sont en fait souvent très fragiles et angoissés face à ces personnes âgées qui remettent en cause leurs compétences.

 Accompagner une personne très âgées, c’est aussi entendre des angoisses et des détresses. Cela peut-être très déstabilisant, surtout quand on veut sauver l’autre (et parfois malgré l’autre). Certains professionnels, incapable d’assumer leur impuissance et leur vulnérabilité réveillée par l’expression de la vulnérabilité des personnes dont ils ont la charge, peuvent être alors tentés de se raccrocher à « la » méthode ou « la » procédure, qui leur permet, d’avoir un kit « clef en main » qui leur évite aussi de réfléchir à la singularité de la relation potentiellement déstabilisante voire angoissante.

Dans ce contexte, la personne aidée  risque de ne plus être entendue ou prise en compte en profondeur: devenue l’objet d’une approche certe « respectueuse » , elle sera en quelque sorte soumise  à la technique  pourtant « bonne » pour elle.

Sur un plan institutionnel le risque peut-être identique: il peut-être tentant, à défaut de vraie réflexion collective, d’absolutiser la méthode au point de ne jurer plus que par elle et de ne plus être en mesure d’entendre le questionnement légitime qui sera vécu comme une remise en cause. L’impudent qui aura le malheur d’interroger la méthode (qui aura par ailleurs coûté cher en formation et en émotion) sera vécu au mieux comme un « anti-méthode » au pire comme une personne dépourvue d’humanité!

Bien évidement , personne n’à l’intention d’asservir les résidents à tel ou tel outil, le glissement se fait souvent insidieusement, car nous sommes humains et faillibles.

Le cadre de proximité se doit donc d’être  vigilent à la manière dont sont portés les outils institutionnels. Il doit donc non seulement veiller à ce que la mise en place de ces outils n’anesthésie pas la pensée collective et le bon sens, mais lorsqu’il  est nécessaire d’en construire ou de mettre en place des formations, de s’interroger  sur leur pertinence au regard du projet d’établissement.

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