prévention de la maltraitance en établissement

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Dans le cadre d’un dossier consacré à la maltraitance, le journal des médecins coordinateur s’est interrogé sur la question du rôle du médecin  coordinateur dans la démarche de prévention… à cet effet, le journaliste Antoine Janbon à recueilli l’avis de votre serviteur….

Le Journal du médecin coordonnateur : Quelle place doit jouer la formation pour lutter contre la maltraitance ?

YC:  Le soignant maltraitant n’est pas forcément une personne malveillante à la base mais il peut le devenir quand il se sent  mis en échec dans son idéal professionnel par une accumulation de situations qui ne lui permettent plus de se sentir efficient sur un plan professionnel et humain. Dès lors, il peut être tenté de faire face à cette image de soi négative en essayant de s’éloigner de ce qui le met en échec : en se mettant à distance de la personne par la routine ou par la réduction de son empathie. Il peut aussi essayer  de se restaurer dans son idéal soignant en cherchant les situations  qui feraient de lui un « bon soignant » : face au sentiment d’échec il peut être tenté de  survaloriser la dimension technique de son métier, de réduire son rôle auprès de la personne aux actes à accomplir, ce qui lui permet de se rassurer en ayant le sentiment d’avoir « bien fait » son travail.

 Dans les 2 cas, la personne âgé passe insidieusement du statut de sujet à celui de simple objet de soin.

Une bonne formation doit certes permettre au soignant d’acquérir un certain nombre de compétences techniques, à prendre conscience que le soin auprès des personnes âgés revêt une dimension relationnelle essentielle, mais également de pouvoir prendre du recul sur ses pratiques professionnelles et de penser le soin auprès des persones âgées. Elle doit ainsi les aider à comprendre qu’ils interviennent dans une structure médico-sociale ou l’on fait du soin, donc un lieu de vie, et non pas pas dans un lieu de médical où la vie est soumise aux impératifs du soin.

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 Le JMC : Du côté des médecins coordonnateurs, les besoins en formation sont-ils similaires ?

YC : Dans l’absolu oui mais d’autres éléments entrent en ligne de compte. Le médecin coordinateur ayant un rôle important dans le management du projet médical, il doit saisir les enjeux humains propres aux organisations et comprendre ce qui peut amener un professionnel à priori bienveillant, à maltraiter une personne. Le risque serait de réduire la lutte contre la maltraitance aux procédures et à la mise en place des recommandations de bonnes pratiques et à la mise en œuvre d’outils efficients de bientraitance. Dans l’idéal, le médecin coordinateur doit donc, dans son cursus de formation, s’être ouvert aux bases du management qui ne peut être réduit à la gestion de l’organisation mais qui consiste aussi à comprendre et agir avec les facteurs humains en jeux dans une organisation complexe. Il existe ainsi un risque d’oublier la dimension éminemment subjective du travail gérontologique : le besoin de reconnaissance malmené par une réalité parfois difficile, étant, il me semble  au cœur du processus qui amène un professionnel à traiter l’autre en objet. Le médecin coordonnateur doit également travailler avec les infirmières référentes/coordinatrices et les psychologues, à la mise en place d’espaces  interdisciplinaires  pour aider  les équipes soignantes à prendre du recul sur leurs pratiques, à penser leur travail, et questionner le quotidien. Tout ceci suppose que le médecin soit formé pour adopter la bonne posture, se mettre au service des équipes et du projet de soin, afin que les équipes quand elles sont interpellées ne se sentent pas jugées où évaluées en tant que personne, mais bien en tant que professionnel ayant le droit de ne pas avoir réponse à tout .

N’oublions jamais que le médecin n’est pas uniquement là pour veiller à l’efficience de l’organisation, mais qu’il doit aussi tenir compte du bien-être des acteurs qui le font vivre. Ces éléments devraient à mon sens faire partie intégrante de la formation initiale et continue.

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Le JMC : Ces objectifs sont-ils réellement atteignables à l’heure actuelle ?

YC : Il est vrai que le médecin coordonnateur ne travaille presque jamais à temps plein dans un Ehpad et que de son temps de présence dépend aussi la dynamique d’équipe qu’il va pouvoir impulser. Mais de nombreuses expériences positives voient le jour dans les établissements, en particulier quand le médecin arrive à instaurer avec l’infirmière référente/coordinatrice une vrai collaboration, une relation suffisamment solide pour pouvoir partager un certain nombre de missions. Un autre point important dont on ne tient sans doute pas assez compte dans les formations, est la capacité du médecin coordonnateur à travailler en équipe. On oublie trop souvent que les médecins coordonnateurs sont souvent issue de la médecine générale, un univers ou par essence on travaille seul. Il est important de tenir compte de ce phénomène car travailler en équipe ne s’improvise pas. Si l’expérience progressive du médecin en établissement contribue à lui donner les clés du travail collaboratif, un certain nombre de prérequis semblent tout de même nécessaires.

Propos recueillis par Antoine Janbon

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