pensée du jour: mettre le patient au centre du système?

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« De la même façon dans les soins, le risque serait bien sûr de suivre aveuglément le mot d’ordre que l’on nous serine depuis 20 ans « il faut mettre le patient au Centre du système », bêtise ! Tant que nous laissons le patient au centre, nous le considérons comme objet de nos soins, il serait plus brillant de l’extraire du centre et de lui rendre une place de sujet dans cette relation de soin. Le SOIN, lui par contre, pourrait devenir l’objet de nos préoccupations communes (au patient et au soignant). C’est le Soin qui doit être au centre de nos institutions. « 

Christophe PACIFIC, Cadre supérieur de santé, Docteur en philosophie -Extrait d’un texte  » le management durable « publié sur le site « cadre de santé » .

. Dans un style percutant et provocateur le philosophe interroge et bouscule l’ordre établi. Bien évidement, ce texte concerne l’hôpital: toutefois, au travers de sa réflexion, Christophe Pacific met en exergue le décalage qui peut exister entre une vision globale du soin partagée par de nombreux soignants et  la manière dont celui-ci peut-être perçu par certains décideurs , administratifs ou technocrates. Ce texte nous a amené à quelques réflexions que nous vous proposons ci-dessous.

Depuis plus d’une décennie le discours officiel distille l’idée qu’il faudrait remettre la personne au coeur du système. Comme si la personne n’y avait jamais été. Ce serait faire insulte aux soignants et aux professionnels qui ont travaillés dans les maisons de retraite que d’adhérer à l’idée que la personne n’aurait jamais été au cœur du système.  Ce n’est pas la personne qu’il faut remettre au coeur du système,  car elle y a toujours été, c’est la réflexion collective autour des pratiques, du soin et de la relation d’aide qu’il faut en permanence renouveler:  Comment faire en sorte que nos organisations, dans un contexte contraint (contraintes budgétaires, contraintes normatives, tensions en matière RH, etc) et de hausse de la dépendance, puisse s’adapter aux besoins des personnes et non l’inverse?  Comment, dans un univers où le ratio de personnel est en partie mesuré en fonction de la dépendance physique et des besoins médicaux mettre en oeuvre de vrais démarches d’accompagnement qui prennent en compte les besoins psychologiques et relationnels des personnes? Comment être efficient avec un public dont une grande partie des besoins n’est pas mesurable objectivement?Comment assurer un management de proximité de qualité dans un secteur où les postes des personnes chargées naturellement de le faire ne sont pas ou trop peu financés?

Sur le terrain les professionnels sentent parfois la contradiction entre un discours où le résident est officiellement au centre du système, et une organisation contrainte qui ne leur permet pas toujours de s’ajuster aux réalités des résidents. Face à ce décalage ils peuvent être tentés de se réfugier dans leur technicité, afin de se rassurer sur la valeur de leurs actes et leurs compétences. La majorité des soignants ont avant tout le soucis de la personne: ils ont aussi le soucis de faire correctement leur travail et de remplir leur mission, pour le bien de la personne. De nombreux travaux ont montrés  que le travail en gérontologie pouvait mettre à mal leur idéal professionnel et qu’ils pouvaient paradoxalement, se réfugier dans une technicité qui efface l’autre, dans la plainte constante, la résistance au changement, le conflit d’équipe, symptômes d’une souffrance et d’un besoin de  se restaurer dans un idéal professionnel.

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Aujourd’hui, face à l’augmentation de la dépendance, on entend de plus en plus des responsables du secteur exprimer leurs crainte (justifiées) d’une « sanitarisation  » du secteur.  Ils redoutent ainsi  de voir nos institutions se transformer en « mini long séjour gériatriques tel qu’on en connaissait dans les années 90. L’idée de remettre le soin au coeur du système, leur fait peur, d’où, cette réticence, entendue récemment à reconnaître de manière officielle la place, le rôle et le statut des iderco.  Comme nous l’avait affirmé un responsable de fédération, « c’est bien par ce qu’il ne faut pas que le soin prenne une place trop importante dans nos structures qu’il ne faut pas donner de statut particulier aux idec »(!) et « qu’il n’y a pas d’utilité à dépenser du temps à une réflexion collective sur le projet de soin. On est dans un lieu de vie, pas dans un lieu de soin ». Dans cette perspective il est alors  tentant de vouloir les cantonner à un rôle de super organisateur de l’organisation médicale, de réduire le projet de soin à un catalogue de procédures et de protocoles, de réduire le soin au pipi-caca, aux  injections et aux pansements!

Le souvenir de certaines institutions des années 80-90 subsiste encore dans certains esprits: la vie du résident-patient paraissait soumise aux impératifs de l’organisation des soins et de la médecine, ses désirs semblant passer après.C’est aussi dans ce contexte d’augmentation de la dépendance, et donc du nombre de soignants, que l’on a pris conscience du risque que certaines institutions soient de moins en moins des lieux de vie mais de lieux de soins.

Mais il ne suffit pas d’incanter et d’ânonner de jolis refrains plein de belles intentions en montrant du doigts les soignants pour faire avancer les choses. IL faut comprendre les enjeux humains du coté des personnes âgées, mais aussi du coté des professionnels qui s’en  occupent.

 

En fait, il serait stupide d’opposer lieu de vie et lieu de soin.

Plutôt que de savoir si on est un lieu de vie ou un lieu de soin, nous pensons que l’enjeu est de sortir cette opposition stérile entre lieu de vie et lieu de soin. Nos institutions sont tout à la fois des lieux de vie et des lieux de soin: des espaces de vie où l’on accompagne des personnes de plus en plus dépendantes, où le soin prend une place de plus en plus importante.  Le risque comme nous ‘lavons déjà souligné dans ce blog, serait  de privilégier l’un au dépend de l’autre, de négliger le projet de soin de l’institution ou de le confondre avec le projet médical, de confondre le soin avec le « faire des soins ».

Nuance sémantique me dira-t-on: et bien non!

IL nous apparaît indispensable de remettre le soin au coeur du système: non pas pour donner aux soignants ou à la médecine toute la place ou trop de place, mais pour lui donner sa juste place; simplement, par ce qu’on ne peut s’exonérer d’une réflexion collective sur la dépendance et la fin de vie.

Remettre le soin au coeur du système afin de développer une vraie réflexion collective sur le soin qu’il ne faut pas confondre avec les soins, afin que le projet de soin soit un outil de management auquel on fait référence, un appui pour les équipes, le vecteur d’une définition partagée du soin qui ne le réduit pas à sa dimension technique..

Remettre le soin au coeur de nos préoccupation est sans doute le meilleur moyen d’éviter que l’organisation soit soumise aux contraintes médicales. Dans de nombreuses institutions, les conflits, les tensions, les arrêts maladies, le turn over , ou les maltraitances sont autant de symptômes de la difficulté, voire la souffrance des professionnels, à s’appuyer sur un projet de soin digne de ce nom.

Remettre le soin au coeur du système afin que la personne reste au coeur de ce dernier!

Tant qu’il existera des lieux de vie pour accompagner des personnes âgées dépendantes, la question du juste rapport entre lieu de soin et lieu de vie perdura; loin d’être un problème cette tension doit être vécue non pas comme une opposition, mais comme une invitation à la réflexion collective, à un management qui ne peut se cantonner à une simple gestion de l’organisation et des soins.

Nous laissons à chacun le soin de contribuer à cette réflexion…

 

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