Boîte à outils

 Ci-dessous:

– Comment mettre en place le projet individualisé ?

– Mettre le soin relationnel au coeur de nos pratiques

– Manager les situations complexes

Comment mettre en place le projet individualisé au sein de nos institutions ?

 

Depuis 2002, la prise en charge individualisée est affirmée par la loi comme un droit pour l’usager des institutions et les structures qui accueillent des personnes âgées ont l’obligation de proposer  une prise en charge et un accompagnement « individualisé de qualité, favorisant son développement, son autonomie et son insertion, adaptés à son âge et à ses besoins, respectant son consentement… ».

Une première option en vue de l’application de la loi est de mettre en place des outils ou des démarches permettant de construire (avec la personne) un projet qui sera réévalué régulièrement.

De nombreuses institutions sont allées dans cette direction qui semble, d’un premier abord, la plus simple et la plus appropriée. Se mettre à l’écoute des attentes et des aspirations des personnes et essayer de les satisfaire au travers de projets plus ou moins complexe est effectivement un chemin idéal sur le papier. Néanmoins, la confrontation à la réalité soulève différentes interrogations :

– Dans le contexte actuel, s’adapter aux désirs des personnes est-il vraiment possible ? Une prise en compte de chacun nécessite du temps et du personnel : or,  la question du manque d’effectifs et du financement d’une présence de qualité est une problématique à laquelle sont confrontées la plupart des établissements gérontologiques.

– Répondre aux désirs des personnes est-il tout bonnement possible ? N’y-a-t-il pas un risque d’inégalité de traitement entre ceux dont les désirs serait réalisables et les autres ? Comment assumer un discours du type  « dites nous vos attentes, nous allons y répondre, dans la mesure ou nous le pouvons » ? Et comment vont réagir les professionnels, face à l’insatisfaction d’un usager à qui l’on a pourtant voulu répondre à ses attentes ?

– Plus on vieillit, plus on devient différent et unique. Un certain nombre de désirs exprimés peuvent être irréalisables, voire impossible à mettre en œuvre au sein de l’institution. Se polariser sur les désirs exprimés par la personne ne risquent-ils pas d’occulter d’autres désirs moins exprimables, ou d’entretenir la personne dans des désirs qui expriment plus la peur ou le refus du vieillissement/institution qu’une réelle attente ?

– L’institution ne risque-t-elle pas d’augmenter les plaintes, les reproches, les insatisfactions, en faisant croire, de manière tacite, qu’elle peut ou va répondre à toutes ses attentes ?

–  Comment entendre le projet de personnes au langage confus, souffrant de démence, de syndrome de glissement, etc.

–  N’existe-t-il pas un risque de dérive possible, en particulier de décider pour les personnes les plus fragiles, les plus indécises, les moins motivées, ce que devrait être leur  projet, de leur imposer d’entrer dans une démarche auquel ils n’ont peut-être pas envie d’adhérer ?

–  Comment appliquer cette obligation avec les personnes qui n’ont plus de projets, qui n’ont parfois plus envie d’en faire ou qui ont peur d’un avenir marqué par le sceau de la dépendance et de la déchéance ; dans un contexte qui s’apparente parfois au court terme et à l’urgence.

–  Est-ce qu’élaborer un projet c’est pour autant un projet de vie ? Qu’est-ce que la vie quand on est âgé ? Qu’est ce qu’un projet quand on est âgé ?

Mettre en place de manière efficace et respectueuse le projet individualisé nécessite de sortir d’une approche du projet individualisé qui consisterait en une sorte de distributeur de réponses matérielles à un âge ou les besoins réels peuvent paraître en décalage avec les besoins exprimés.

La loi rappelle que la question du projet individualisé est de favoriser « son développement, son autonomie et son insertion, adaptés à son âge et à ses besoins, respectant son consentement… ». Elle ne dit pas qu’il faut mettre à tout prix un outil particulier en place. Elle demande à ce que l’individualisation de l’accompagnement soit au cœur des pratiques et que l’on soit capable de montrer aux financeurs qu’effectivement l’institution respecte chacun.

Afin de mettre en œuvre cette démarche de projet individualisé il serait nécessaire d’en différencier 2 aspects complémentaires : d’un coté le projet global de l’institution et la manière dont il permet l’individualisation de l’accompagnement et, de l’autre coté, les outils de l’institution qui permettent la personnalisation :

–  Le projet global de l’institution doit être aujourd’hui un projet qui permette l’individualisation de l’accompagnement : Comment de manière globale, au sein de l’institution individualise-t-on l’accompagnement. ? Comment nous organisons nous pour que les personnes ne soient pas traitées comme des numéros ? Comment notre organisation collective permet-elle une prise en compte de chacun ?

–  Les outils spécifiques de l’institution au service de la personnalisation : quels sont les pratiques et les outils qui permettent à chaque résident de décider concrètement de sa vie et de faire des choix ? Quels sont les démarches qui permettent de favoriser  « son développement, son autonomie et son insertion, adaptés à son âge et à ses besoins, respectant son consentement… ».

Il est nécessaire de considérer que dans beaucoup d’institution, ce que nous considérons comme étant le projet individualisé n’est en fait qu’un outil parmi d’autre, s’inscrivant dans cette démarche globale d’individualisation. La question est de savoir si cet outil est adapté à la réalité, s’il permet véritablement, avec un coût équilibré pour les professionnels, de tenir compte des désirs et souhaits de chacun, et s’il permet d’aller au-delà du désir exprimé pour aller au désir réel. La question étant d’accepter que certains désirs et souhaits ne peuvent être réalisés : comment cet outil permet-elle alors à ses souhaits d’avoir une place, d’être entendue ? Comment cet outil permet-il aux professionnels d’assumer de ne pas être en mesure d’y répondre positivement.

Proposition méthodologique

 Lorsque l’on veut travailler à la formalisation du projet individualisé il serait utile de travailler en 2 temps, en suivant la logique d’une démarche projet : c’est-à-dire, poser un état des lieux qui permet de définir les points forts et les points de faiblesse de l’institution quant à l’individualisation de l’accompagnement pour, dans un deuxième temps, penser et construire les outils qui correspondraient aux besoins réels de l’institution.

– 1er temps : état des lieux :

L’objectif de cette étape est de répondre à cette question : qu’en est-il au sein de notre établissement de l’individualisation e l’accompagnement. Avant d’interroger chaque dimensions de nos pratiques d’accompagnement et de soins il est nécessaire de réfléchir à la manière dont nous percevons, collectivement le vieillissement : qu’est ce que pour nous la notion de « développement, d’autonomie, d’insertion et de besoin ». Comment nous définissions l’accompagnement individualisé, comment nous le mettons en œuvre au quotidien, où est-ce que nous avons des difficultés à respecter la personne en tant qu’individu unique.

– 2ème temps : définition et construction d’outils

A partir d’une vision claire de ses points d’appui et de ses axes de progrès, l’équipe pourra alors s’interroger sur les outils à  mettre en œuvre. Dans le cadre d’un projet individualisé il est judicieux de tenir compte de 2 dimensions parallèles qui sont parfois négligés : d’un coté le projet propre au résident qu’il est nécessaire de recueillir et de respecter et de l’autre le projet d’accompagnement individualisé des professionnels.

–  le projet individuel de la personne : un projet propre au résident où l’équipe peut s’engager de manière contractuelle avec la personne. Celui s’établit généralement sur la base d’un recueil de donnés et d’une proposition d’accompagnement que le résident valide ou rectifie.

–  le projet d’accompagnement personnalisé des professionnels : qui n’est pas forcément transmis au résident. Il prend en compte, les attentes de la personne, mais il repose sur des objectifs d’accompagnement propre aux professionnels.

Exemple :  Suite au bilan effectué 3 mois après son arrivée Mme Dupont,à exprimé son désir de retourner dans son village natal et son besoin de créer des amitiés, mais aussi de se retrouver seule en fin d’après-midi ; dans l’avenant au contrat de séjour, l’équipe peut proposer différentes modalités d’organisation d’accompagnement, de mettre en place un projet de déplacement dans son village, etc. Nous sommes ici dans le cadre classique du projet individuel de la personne.

En réunion de synthèse avec l’iderco et le psychologue, l’équipe à soulevé plusieurs axes à prendre en compte dans l’accompagnement : un travail de deuil complexe, une angoisse (niée par la personne) très présente, un risque de repli sur soi. L’équipe se donne comme axe d’accompagnement, en plus de l’accompagnement médical, d’aider la personne à se soulager de son angoisse, d’éviter le repli sur soi. Cet axe d’accompagnement n’est pas forcément transmis à Mme Dupont mais mis en œuvre dans le respect de sa personne. Nous sommes dans le projet d’accompagnement personnalisé.

Dans cet exemple le projet individuel de la personne, contractualisé dans un avenant au contrat de séjour, est l’application concrète d’un projet d’accompagnement personnalisé, dont les finalités ne peuvent pas être expliquée au résident en raison de sa fragilité psychologique.

Il nous semble ainsi important de distinguer ces 2 axes , sans pour autant les rendre étanches.

En conclusion

Il serait, à notre sens, incohérent d’imposer une démarche unique ou un outil unique dans le cadre de la mise en œuvre du projet individualisé. Chaque institution étant unique, la mise en œuvre de cette démarche doit être « individualisée », propre à chaque structure. Le projet institutionnel doit par contre, clairement montrer en quoi l’institution individualise l’accompagnement et en quoi la parole et les désirs des personnes sont pris en compte dans l’organisation.

Pour atteindre cet objectif, afin que l’approche individualisée ne soit pas vécue comme une perte de temps par les professionnels ou un « nuage de fumée » qui donne bonne conscience,  elle doit reposer sur une vision cohérente de la vieillesse et une définition partagée et forte des missions d’accompagnement de l’établissement.

Yves Clercq

Mettre le soin relationnel dans nos pratiques

« Miroir, miroir, dis moi si je suis la plus belle ? » La belle-mère de Blanche- Neige qui prononce tout les matins cette questions devant son miroir, découvre un jour  la réalité tant redoutée : elle n’est plus la plus belle. Elle ne se reconnaît plus dans le miroir. De colère elle brisa le miroir

La vieillesse étant une phase normale de la vie et non une maladie il peu sembler étrange de demander aux aidants professionnels d’oser mettre en œuvre un travail de soin relationnel : les personnes âgées ont-elles vraiment besoin d’être aidée ?le soin en lui-même, n’est-il pas par essence relationnel ?

En tant que telle, la vieillesse n’est effectivement pas un problème. C’est plutôt le sens qu’elle prend pour celui qui progresse en âge, dans l’environnement dans lequel il évolue, et dans le regard de ces interlocuteurs qui pose question. L’avancée en âge est vécue avec difficultés dans un contexte sociétal où la conception de l’épanouissement est basée sur la possession, le paraître, la performance et la primauté de l’individuel sur le collectif. Car vieillir et perdre les fonctions biologiques qui permettent de s’inscrire dans le tissu social, amènent les personnes à une expérience quasi inédite de dépossession, de dépouillement en terme d’apparence et de maîtrise de sa propre image, de perte d’efficience et de rappel à nos dépendances intrinsèque. La vieillesse nous renvoie fondamentalement à notre autonomie, à notre liberté intérieure, c’est à dire à notre capacité à faire de nos liens de dépendance autre chose qu’une entrave à notre liberté intérieure.

La vieillesse n’est pas qu’une expérience biologique de déclin qui aurait des conséquences sociales catastrophiques en particulier par l’expérience d’expérience d’isolement, d’exclusion ou de confinement dans des espaces de soins réservées ; la vieillesse est avant tout une expérience de face à face avec soi même potentiellement apaisante.

En étant amenée à renoncer à ce qui permettait de trouver un relatif équilibre dans sa propre vie, la personne, qu’elle le veuille ou non est confrontée à tout son être, à ses blessures passées, à ses manques, ses fragilités et la futilité des masques dont elle a pu user pour s’en protéger. La vieillesse est aussi une expérience de vérité avec soi, c’est en cela qu’elle est une vraie expérience psycho-spirituelle !

L’enjeu de l’accompagnement et du soin relationnel est bien celui là : cheminer avec la personne pour faire de cette période de vie en espace de restauration : non pas comme on restaurerait un bâtiment en ruine en colmatant des brèches, mais en réalisant que les brèches permettent parfois de révéler des trésors enfouis depuis une éternité par un mauvais enduis. Un peu comme dans ses églises romanes ou le salpêtre déposé au fur et à mesure es siècles et des modes, en se fissurant révèlent des fresques originelle d’une inestimable valeur.

L’être humain durant la première partie de sa vie à souvent recouvert d’un grand nombre de couches de salpêtre ce qu’il considérait à tort comme des fresques primaires : depuis notre adolescence, nous avons tendance à enrober nos vies de comportements et de dorures futiles et éphémères. Nous nous épuisons bien souvent à jouer des rôles et enfiler des costumes trop larges pour nous. Quand l’âge nous dit qu’ils sont trop lourds à porter, que nous n’avons plus la force de continuer à nous épuiser ainsi, la tendance humaine est bien souvent celle de s’y accrocher à tout prix et d’ainsi accélérer notre chute. La présence d’un autre qui nous regarde au-delà de ces artefacts peut être l’occasion d’enlever délicatement par petites touches, les couches de salpêtre et de peintures dorées qui ont finis par nous rendre terne, pour renouer avec notre nature profonde.

Dans un contexte sociétal où la vieillesse est vécue comme une catastrophe, il est sans doute indispensable de proposer aux personnes un accompagnement qui aille au delà du maintien des acquis, du respect des droits ou de la compensation des pertes.

L’épanouissement dans la vieillesse est possible : à conditions d’apprendre à écouter et voir les mouvements de son cœur. Quand nous ne savons plus voir et entendre, nous avons particulièrement besoin de trouver sur notre chemin des personnes qui peuvent voir et entendre, non pas à notre place, mais avec nous. Non pas des personnes qui sauraient mieux voir et entendre, mais des accompagnements mue par la seule certitude qu’au-delà du salpêtre il y a un trésor ; de quel valeur, de quel ampleur ? L’important n’est pas là. Par ce regard qui la reconnait au-delà de ce qu’elle montre, la personne peut ainsi re-naitre à son propre regard et faire elle-même le chemin de restauration qu’elle seule est en mesure de faire.

Se regarder tel que l’on est, et accepter ce qui est renvoyé par le miroir est sans doute un passage obligé pour bien vivre dans sa vieillesse. Et nous pourrions penser que les personnes qui ne se reconnaissent plus dans le miroir nous parlent aussi de cette difficulté à cheminer en soi. Cette  non-reconnaissance ne témoigne pas forcément de lésions cérébrales, mais témoigne plutôt de cette difficulté à se reconnaître encore comme personne à part entière.

Le miroir nous permet non seulement de savoir qui nous sommes mais témoigne bien souvent de l’estime que nous nous portons. Le miroir reflète notre identité, mais quand notre identité se fonde sur l’image renvoyée par le miroir, comment se reconnaître lorsque le miroir nous renvoie autre chose ?

Pour nos contemporains vieillissants, se reconnaître dans le miroir, c’est regarder la vieillesse qui marque le visage, stigmates du temps qui passe annonciateur d’une mort tant redoutée. Se reconnaître dans le miroir c’est envisager non sans douleur ce que nous croyons avoir à été et ce que nous ne seront jamais plus. Se regarder dans le miroir, c’est prendre conscience de cette solitude propre à l’être humain et de nos détresses affectives ;c’est affronter les regards des interlocuteurs parfois fuyant, c’est aussi le regard de jeunes personnes que nous avons été nous même, qui croient savoir ce qui est bon pour elle, c’est encore les gestes et les paroles de personnes trop pressés ou mal à l’aise, les autres qui ne comprennent pas, qui n’entendent pas, qui ne reconnaissent plus les émotions par ce qu’elles ne se voient pas.

Dans l’institution, il existe bien d’autres miroirs dont les personnes ne peuvent éviter le reflet : le miroir de l’autre. L’autre par qui j’existe, l’autre qui me révèle qui je suis, l’autre qui me dit « je t’aime, je ne t’aime pas ». L’autre grâce à qui j’existe, mais l’autre sans qui je n’existe plus.

Le regard de l’autre est le miroir par lequel j’ai appris à exister : durant toute notre vie, le regard de l’autre nous apprend qui nous sommes, si nous sommes dignes d’amour. Les plus grandes blessures affectives sont souvent celles des regards : un regard de mépris, un regard d’indifférence ou de haine me marque au plus profond de mon identité. Ne plus se reconnaître dans le miroir est surement pour la personne, une manière de crier une parole rarement entendue : « comment exister dans mon (et votre) regard, au delà des apparences » ou encore, une manière de briser ce miroir.

Si la mémoire ou les perceptions sont parfois défaillantes, il est une capacité qui reste vivante jusqu’au dernier souffle, celle de ressentir des émotions. La personne reste sensible au regard de l’autre : ce regard éveille toujours les souvenirs émotionnel les plus enfouis, les plus rassurants comme les plus angoissants.

Or, dans nos institutions, malgré notre bonne volonté, les personnes âgées souffrent bien souvent de ne plus se sentir exister pour la société, pour leur proche, en tant qu’adulte ayant une histoire, des souffrances, des désirs, des angoisses, des joies autres.  Et nous pouvons aussi entendre autrement le message de la personne dans le miroir : « je n’arrive plus me reconnaître, je veux être reconnu ».

Mettre en œuvre un projet d’accompagnement centré sur le soin relationnel s’est proposer aux personnes un miroir dans lequel elles pourront accepter de se regarder: le miroir du cœur. Au delà des apparences, au delà des mots, au delà des performances, le soin relationnel est alors l’occasion d’aider la personne à se regarder et s’accueillir comme elle est. L’occasion d’une rencontre : rencontrer une personne que nous croyons cerner mais que nous ne connaissons pas. L’occasion d’entendre avec les oreilles du cœur l’insondable. L’occasion de dire sans rien dire: «je sais que vous êtes autre chose que cette apparence, vous êtes une personne, vous êtes digne d’amour, vous êtes aimable, vous êtes belle »

Dans notre société des apparences et du culte du corps, il nous faut souvent plaire au miroir, répondre aux standards fluctuant de la beauté, et mettre parfois de coté ce que nous sommes. Le message de la personne dans le miroir est donc, non seulement un appel à dépasser les apparences, mais un appel à nous montrer tel que nous sommes et à poser sur elle un regard simple et vrai qui lui permette d’exister encore. Car reconnaître l’autre au delà des apparences c’est lui permettre de Renaître à son propre regard.

Envisager le soin relationnel, ne consiste surtout pas à envisager la personne sous l’angle d’une fausse compassion face à ses pertes ou ses détresses. C’est accepter que lorsque nos démarches d’accompagnement habituels ne permettent pas de satisfaire la personne, que lorsque la tristesse, la révolte où les troubles du comportement se manifestent il est nécessaire de passer à autre chose. Car ce dont il question, ce n’est pas du caractère de la personne, ou d’une quelconque pathologie mais de l’angoisse propre et nécessaire à ce passage vers l’intérieur.

Prendre en compte cette angoisse comme incontournable, ce n’est pas pour autant baisser les bras où ne rien faire pour la soulager c’est la considérer comme une éclaboussure, comme le signe d’un cheminement vers l’apaisement, comme un appel à une nécessaire démarche d’empathie. S’intéresser à l’autre, lui donner envie de nous inviter dans sa bulle, mieux saisir les raisons de ses attitudes apparemment irraisonnées, ou sans approbation ou jugement négatifs.

Pour se libérer de l’angoisse ou des frustrations engendrées indirectement par la vieillesse, il est nécessaire de trouver sur son chemin des interlocuteurs capable d’écoute et d’attention dans l’instant, mais aussi d’une certaine permanence dans le temps : créer un climat de confiance avec une ou 2 interlocuteurs réguliers, oser se dévoiler à l’autre pour finalement se révéler à soi nécessite du temps, de la régularité et de la persévérance. Cette permanence est rendu difficile du fait de  la vie institutionnelle où la personne est amenée à multiplier les rencontres avec des professionnels au rythme soutenu et soumis à des rotations d’horaires indispensables. Dans ces conditions, afin de permettre un accompagnement de qualité, il est indispensable de penser ces temps de soins relationnels, des les porter collectivement et de ne pas les laisser à la seule initiative individuelle et au bon vouloir de chacun. Envisager des temps de regroupement des professionnels, planifiés régulièrement, préparés en amont est indispensable à la mise en place d’une démarche de soins relationnels : l’objectif de ce temps de synthèse  étant d’aider les professionnels à prendre du recul sur l’accompagnement afin de réajuster, réorienter, définir des axes d’accompagnement, de prise en soin et d’écoute ajusté de la personne.

Nous aborderons la démarche de synthèse dans un article ultérieur.

Manager les situations complexes….

« on ne sait jamais si on fait bien ou mal ? » « Jusqu’où aller dans le désir de la personne : Madeleine veut marcher seule  pour aller au wc. Elle met énormément de temps, et risque de tomber. On fait tout pour accéder à ses souhaits, mais il y a d’autres résidents à s’occuper. Hier n’en pouvant plus, étant très en retard, je lui ai proposé des changes. Elle à explosé : elle m’a accusé de ne plus vouloir m’occuper d’elle… » jusqu’où aller avec une équipe qui n’en peut plus ? »

Cela faisait plusieurs jours qu’on ne levait plus madame Dupont. Le médecin avait dit qu’elle «était en fin de vie et que ce n’était pas la peine de la stimuler » Comme son état n’empirait pas la  question a été reposée en équipe : faut-il la stimuler, l’aider à se lever, au moins la mettre sur le montauban ? Comme un syndrome dépressif est diagnostiqué depuis longtemps, on nous a dit qu’après tout peut-être qu’elle faisait exprès de se replier sur elle-même. Nous l’avons mise sur le montauban, elle criait qu’elle allait mourir. Elle est morte 2 jours après, a-t-on eu tord ? que faire dans ce genre de situation ?

Madame Lambert à un grave problème d’épaule. Le médecin a dit qu’il ne fallait pas qu’elle fasse du tricot, que c’était mauvais pour ce qu’elle avait. Madame lambert refuse de nous entendre. Nous avons été obligé de loui enlever son sca à tricot ; Certains pensent que c’est de la maltraitance, d’autres au contraire que c’est nécessaire et qu’elle nous remerciera plus tard ; en attendant elle est malheureuse et passe sa journée à pleurer… et nous nous ommes divisés, que faire, dans ce genre de situations ? »

Les professionnels sont souvent confrontés à des questions complexes : tiraillés entre leur devoir de stimuler, d’éviter le repli sur soi et la nécessaire pris en compte bientraitante.

Il n’existe pas de réponse toute faite à ce genre de situation ; encore moins de bonnes réponse en tant que telle, car nous sommes face à des problématiques individuelles qui se jouent avec des professionnels et des équipes qui ont leur propre singularité et leur propre expérience ou maturité professionnelle.

Chaque situation nécessite une réponse ajustée, une juste réponse que seul le travail d’équipe peut permet d’envisager. A cet effet, le rôle de l’encadrement est essentiel : face aux situations complexes aux enjeux éthiques forts, il est nécessaire de manager la vie d’équipe et d’impulser une vraie dynamique de réflexions et de décision.

La complémentarité du binôme iderco/ médecin co associée à une méthodologie rigoureuse de réflexion collective peut permettre à l’équipe d’envisager des réponses ajustées, concertées et coordonnées dans une même direction. Pour cela, la rigueur de la discussion s’impose, et quelques règles sont à respecter :

– Faire référence à un projet commun suffisamment clair et explicite en termes d’éthique et de conception de l’accompagnement.

–  Proposer aux équipes des temps de rencontre possibles pour aborder ces questions et trouver des réponses

– Faire de ces temps un temps de travail et non un temps de parlotte ou de réunionite

– Animer ces temps, en respectant les règles d’animation d’une réunion tel que l’iderco l’apprend en formation ( !).

Dans un premier temps il nécessaire de formuler clairement le problème rencontré par des faits et permettre que chacun puisse dire comment il  vit la situation et comment il la voit. Ce n’est pas à cette étape que les professionnels doivent émettre des propositions d’action.

Dans un deuxième temps, les animateurs de la réunion peuvent reformuler le problème en quelques points qui permettent d’y voir clair en termes d’enjeux pour la personne et pour les professionnels, ce qui peut permettre d’analyser la situation à partir des repères à notre disposition (les valeurs affichées par l’établissement, la loi de 2002 , la charte des droits des personnes, les recommandations de bonnes pratiques, etc).

Dans un troisième temps les animateurs de la réunion doivent s’efforcer d’aller vers une décision pluridisciplinaire : en partant de l’idée que la décision doit être un compromis entre le rapport bénéfice/risque pour la personne, c’est le médecin co et l’iderco qui décideront au final de la marche à suivre. Il est important pour obtenir un consensus, que chacun, à ce moment, quel que soit sa fonction, puisse dire sa ou ses manières d’envisager sans qu’il se sente jugé en fonction de la proposition faite.

Lorsque la décision à été prise, il est important de lister précisément :

–  Les actions qui vont être mises en place, les acteurs et leurs échéanciers

– Les différentes personnes à informer et la manière de les informer (famille, résident, autres professionnels)

– De définir comment l’action sera évaluée.

Lorsque l’action définie n’a pas permis d’améliorer la situation, il ne faut pas pour autant considérer ce travail comme un échec, mais comme un pas fait dans la recherche de réponse ajustée :  on peut alors s’interroger sur la raison de cet échec : est-ce la problématique qui a été mal posée ou mal analysée ? Est-ce la réponse proposée qui était inadaptée? Est-ce sa mise en œuvre qui a échouée ? et pour quelle raison (manque de communication ? ) Ou tout simplement est-ce une difficulté de management de la réunion : les professionnels se sont-ils sentis entendu ? Ont _ils pu s’approprier la décision qu’ils ont vécu comme imposée ?

Les situations difficiles rencontrées au quotidien, si elles peuvent fragiliser l’équipe, peuvent tout autant être des occasions de renforcer sa cohésion, approfondir l’intelligence collective et contribuer à la complémentarité du nécessaire binôme médecin co/iderco.

Yves Clercq

Publicités

3 réflexions sur “Boîte à outils

  1. je suis tout à fait en accord avec votre propos sur le management des situations complexes. Combien également à domicile de questionnements sur des situations complexes, encore majorées par l’isolement et la nécessaire coordination des différents acteurs. Un boulot énorme de cohérence, de partage des valeurs, de temps de concertation à promouvoir pour avoir l’approche la plus éthique possible. Qui pilote ces actions ?
    le médecin traitant, le gestionnaire de cas, l’IDERCO du réseau géronto, l’IDERCO du SSIAD, le CLIC, l’AS de circo, l’AS de l’APA… ? Un vaste champ à explorer, des missions de chacun à clarifier pour mutualiser les compétences et les énergies au service de la personne et de son projet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s