Gratitude et émerveillement dans le management

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Une équipe normale dans un EHPAD normal. Mais une équipe minée par le venin qui empoisonne hélas de nombreuses équipes : les critiques insidieuses, les petits clans, le besoin de pointer du doigt les erreurs des collègues, mais aussi les susceptibilités qui amènent les professionnels à prendre des réflexions anodines comme de critiques déguisées.

Il serait risqué de croire que les ambiances délétères seraient le seul fait de quelques mauvais coucheurs où grognons professionnels.

Face aux suspicions, aux critiques, aux médisances s’il apparaît nécessaire d’agir rapidement et de ne pas laisser le venin de la médisance s’installer, il apparaît encore plus indispensable de les entendre comme des symptômes, révélateurs de causes plus profondes sur lequel il va falloir agir.Afficher l'image d'origine

Le besoin de se fixer sur les erreurs des autres collègues et de les critiquer témoigne en général d’un besoin de valorisation frustré, d’un besoin de reconnaissance malmené par la réalité du travail quotidien : rabaisser l’autre pour se rehausser, critiquer l’autre pour se rassurer sur sa propre compétence, montrer sur le dos des autres que l’on est un bon professionnel, est au fond révélateur d’une profonde mésestime de soi, d’une incapacité à percevoir n de par soi même ce que l’on apporte dans son travail, puisque l’on est obligé d’en passer par l’autre pour se croire quelqu’un de bien !

Il peut être judicieux d’entendre les inquisiteurs et les critiqueurs comme  des « lanceurs d’alertes » des personnes qui malgré eux, de par leur attitudes néfastes, témoignent avant tout les autres, d’un difficulté pour les professionnels à trouver dans leur travail des motifs de satisfaction professionnelles, la reconnaissance de leurs compétence ; le signe qu’ils contribuent à la bonne marche de  l’institution

Face à un travail qui peut malmener le sentiment de compétence et amener à douter de sa capacité à contribuer au bien-être d ‘autrui, les professionnels peuvent  être tentés de se replier sur leurs repères individuels : si ces repères collectifs (du travail bien fait) incarnés par le management sont insuffisamment lisibles ou trop rigides, le professionnel peut alors  être tenté de s’inventer ses propres guide, de s’appuyer sur eux pour se rassurer. Cela marchera  tant que le/la collègue ne fait pas différemment que lui/elle. On comprend alors que parfois, pour de simples différences dans la manière de faire  certains puissent se sentir menacés au point de dénigrer le ou la collègue.

 Pour le manager de proximité il est donc important de se rappeler que les remarques de ceux qui se considèrent comme les « bons professionnels » à l’encontre des autres témoignent le plus souvent d’un manque de sentiment de reconnaissance dans le travail.  Non pas par ce que les managers ne reconnaîtraient pas le travail des professionnels, mais par ce que parfois, les gestes managériaux visant à valoriser les collaborateurs sont mal compris, illisibles, ou simplement annulés par le contexte même dans lequel ils sont exercés (en fin de réunion alors que les professionnels sont déjà ailleurs dans leur tête…).

Parmi les gestes managériaux à  valoriser, l’expression de la gratitude et de l’émerveillement sont à cultiver en priorité. Nous l’avons déjà évoqué dans ce blog, quand le travail prescrit est mis à mal par le travail réel , les professionnels ont particulièrement besoins de jugements de beauté.

. Nous reviendront prochainement sur cette question essentielle de la reconnaissance au travail.

 En attendant nous vous proposons ci-dessous cette petite vidéo qui illustre ce besoin d’émerveillement et d’expression de gratitude.

 

Exprimer de la gratitude envers ses collègues pour les talents et compétences que je n’ai pas, plutôt que de se sentir inférieur…

Apprendre à remercier pour  toute les fois où ça marche bien par ce que simplement les professionnels ont fait en sorte que cela marche bien,

S’émerveiller pour toute les fois où le pire a été évité, .pour toute les fois où…. (a vous de rajouter vos raisons dans les commentaires !)

 

LES ASSISES NATIONALES DES MÉDECINS CO ET DES IDEC – EDITION 2016

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A vos agendas: le 24 novembre prochain aura lieu les 3èmes assises des idec organisé par le journal des médecins coordinateurs.

Cette édition sera l’occasion d’écouter et de rencontrer Mme Blandine Delfosse présidente de la FFidec, mais aussi votre serviteur. Comme pour l’édition précédente, une partie de la journée sera partagée avec les assies des médecins coordinateurs sur des thématiques communes.

Le programme complet est disponible au téléchargement, inscrivez-vous dès maintenant !

pour télécharger le programme et le bulletin d’inscription cliquez ici

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Lorsque le travail prescrit est en décalage avec le travail réel, lorsque le travail nécessite une implication personnelle importante, lorsque les professionnels sont confrontés quotidiennement aux questions existentielles, à la détresse humaine ou à l’angoisse, ils ont particulièrement besoin de se sentir soutenus, reconnus et encouragés par une hiérarchie qui reconnaît la valeur de leur travail .

Par l’implication forte et le don de soi qu’impliquent les soins, par la réalité de la rencontre avec la personne qui peut mettre à mal les protocoles établis, donc les temps prescrits pour chaque acte, et ralentir le soignant, les professionnels peuvent être amenés à douter de leurs compétences, de la valeur de leur contribution au bien être des personnes et à la bonne marche de l’institution.

Dans  ce contexte, ils ont particulièrement besoin d’être valorisés, encouragés, remerciés pour ce que louis Ploton appelle « le travail interstitiel »: cette somme d’énergie et de compétences déployée dans des espaces non  prévus par le financeur et l’organisation, ces actions de soutien « invisibles » non perçues par les familles et l’administration, ces adaptations constantes aux imprévus institutionnels, efforts  d’ajustement et d’adaptation  permanente dont le coût psychologique et physiologique est trop souvent sous évalué par la manager, mais pourtant essentiel à la bientraitance et au bien être des personnes.

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Cette somme d’ investissement, d’adaptation permanente, d’initiatives et d’ajustement, ne se voit pas forcément: les efforts et les victoires de tout les jours  étant trop souvent oubliées dans le management, voire ignorées par le manager de proximité « happé »lui même par la gestion du quotidien qui implique elle aussi une somme considérable d’actions invisibles mais pourtant essentielle à la bonne marche du travail d’équipe.

Dans un emploi du temps surchargé et rempli de contretemps chronophages , l’iderco peut être amené malgré lui à négliger la dimension relationnelle du management en privilégiant la gestion de l’organisation, la gestion des urgences et la vérification de l’application des consignes et procédures.

Nous avions évoqué dans un précédent post , que face à la gestioniste et la difficulté à se rendre disponible pour offrir aux professionnels ces espaces de reconnaissance indispensable, recourir au management baladeur, pouvait représenter une réponse alternative intéressante.

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Pour compléter  cet article,  vous trouverez ci dessous  une check list d(‘action concrètes tirée du site http://www.manager-positif.com/blog/management-baladeur-check-list-pour-le-manager/#more-288

  1. Associez les collaborateurs concernés à la fixation de leurs objectifs.

  2. Manifestez sincèrement votre reconnaissance pour tout travail bien fait.

  3. Échangez avec vos collaborateurs de manière informelle.

  4. Allez sur les lieux de travail du personnel. Rencontrez-les sur leur propre terrain.

  5. Demandez l’avis de vos collaborateurs et écoutez-les avec un esprit ouvert. Essayez de comprendre leur point de vue.

  6. Partagez des informations (non confidentielles) avec vos collaborateurs, et écoutez leur point de vue et suggestions sur les projets qui les concernent.

  7. Contrebalancez les événements négatifs en insistant sur ce qui s’est bien passé, et utilisez ces expériences comme des opportunités d’apprentissage.

  8. Écoutez 80% du temps et parlez 20%.

  9. Demandez au personnel les rumeurs qui courent, et tâchez d’y répondre.

  10. « Descendez à la mine » avec vos collaborateurs. Cherchez des occasions pour mieux comprendre le travail de vos collaborateurs.

  1. Donnez des informations au personnel après les réunions de direction.

  2. Demandez à vos collaborateurs : «Ai-je réussi à vous faire partager notre vision, nos missions et des objectifs clairs et compréhensibles ? ».

  3. Demandez à vos collaborateurs : « Que puis-je faire pour vous aider dans votre travail, et qu’est-ce qui vous entrave ? ».

  4. Demandez à vos collaborateurs : « Qu’est-ce qui satisfait ou mécontente le plus nos clients ou consommateurs ? ».

  5. Félicitez publiquement et recadrez en privé.

  6. Trouvez quelque chose à apprécier chez chacun des collaborateur avec qui vous travaillez. Dite-le lui.

  7. Parlez un moment avec chaque collaborateur que vous rencontrez.

  8. Établissez des relations avec les gens avec qui vous êtes mal à l’aise.

  9. Fixez-vous un objectif chaque mois pour améliorer votre « management baladeur ».

  10. Déjeunez de temps en temps avec vos collaborateurs et profitez-en pour entretenir la confiance.

http://www.manager-positif.com/blog/management-baladeur-check-list-pour-le-manager/#more-288

Manager le soin relationnel, compte rendu de la journée avec Louis Ploton

Le vendredi 23 septembre 2016 Louis Ploton, professeur émérite en gérontologie, auteur de nombreux ouvrages de références, animait une journée sur le soin relationnel animé par votre serviteur, à l’institut Meslay (85). Un grand merci à Dominique Travo Karine, infirmier Référent coordinateur aux « parentèles de mérignac » centre alzheimer du groupe Almage qui propose aux lecteurs du blog un compte rendu de cette journée d’échanges, que vous pouvez retrouver ici, dont nous vous proposons quelques extraits (en gras).

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De la nécessité de reconnaitre le soin relationnel au cœur des pratiques soignantes

 Afin de mettre en œuvre une dynamique de soin relationnel, le manager de l’équipe doit se rappeler que que si le relationnel semble aller de pair avec le soin, celui-ci peut être mis à mal par une réalité qui prend mal en compte (par ce que peut mesurable objectivement) cette dimension :  

 «  Pourquoi devient-on soignant ?  La réponse se trouve probablement dans les idéaux construits autour de l’écoute, l’empathie, la compréhension et de la présence. Néanmoins, l’idéal est souvent malmené par la réalité, particulièrement (…) lorsqu’on oppose au soignant un rendement et une limite de temps dans les actes de la vie courante, il n’est alors pas étonnant d’ajouter une frustration à ce professionnel. De même cette frustration se trouve décuplée quand le soin relationnel devient non quantifié, non palpable, mal justifié. Pour finir, le soin relationnel n’apparaît que très rarement dans les transmissions (orales ou écrites) et il n’est donc pas valorisé.

(..)

Il est important d‘entendre et de comprendre le professionnel lorsqu’il dit :-« On veut ma peau lorsqu’on me demande de faire une toilette en 10 minutes ! ». C’est en quelque sorte, reconnaître les contraintes temps-réalités et les angoisses exprimées. Il faut s’interroger sur le temps et se demander si : « Prendre son temps, n’est-ce pas aussi ne pas en perdre ? ». Il convient de le faire en toute simplicité et toute humilité. »

(…)

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Le soin relationnel : une « stratégie d’accompagnement pensée et portée par l’équipe entière ».

Pour Louis Ploton il existe des moyens, des « leviers thérapeutiques universels », des besoins, des « choix éthiques » qui concourent à créer les conditions nécessaires à ce que le professionnel engage une relation de soin empathique et bienveillante pour la personne aidée. Plus largement encore, cette relation de soin pourrait être envisagée comme une « stratégie d’accompagnement pensée et portée par l’équipe entière ».

Les principes généraux

De nombreuses personnes âgées, du fait de leurs parcours de vie, mais aussi du sentiment de déclassement que peuvent ressentir les personnes en vieillissant, peuvent souffrir du sentiment de ne plus compter pour l’autre, le soin relationnel a donc pour objectif de permettre aux professionnels de signifier à l’autre qu’il n’est pas qu’un objet de soin mais une personne qui de l’importance pour et par ce qu’elle est :

« (…) quel que soit l’âge il y a un besoin fondamental et universel sur lequel le soignant peut s’appuyer : c’est  le besoin de compter pour quelqu’un en se sentant  investi et apprécié par l’autre.  Par ce biais, il existe deux leviers thérapeutiques universels qui se trouvent être :

  • L’investissement qui est la clé du soin relationnel : s’intéresser (vraiment) à l’autre, lui redonner par ce biais un meilleur niveau d’estime de soi

  • La protection de l’estime de soi (celle du professionnel et celle du résident)

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Le soin relationnel, passe donc par une équipe motivée, qui comprenne le sens et la nécessité de la relation à l’autre, mais aussi qui adhère totalement à l’idée que la relation est un levier thérapeutique essentiel. Cette relation passe bien évidement par une organisation qui permette la communication entre professionnels  :

«  rien ne peut se développer sans qu’il n’existe un échange verbal (aussi entre professionnels). Cette communication va permettre de comprendre dans quel esprit et pourquoi agir mais en plus et surtout d’adhérer. Par les échanges verbaux on élimine les gros risques de malentendus et de perte de sens que l’on trouve souvent dans l’écrit. Dans cette optique, il est important pour le professionnel une fois le rôle compris de se l’approprier, de l’investir, de disposer d’une marge de manœuvre et de travailler dans le même esprit. Attention aux tentations de « dominations ». Exercer un pouvoir sur l’autre et le manipuler comme avec un pion est plutôt courant dans ce métier. Enfin, il est primordial que l’on soit convaincu de ce que l’on fait, car on ne peut pas porter un message dont on n’est pas soi-même convaincu.

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Les choix éthiques

 Pour Louis Ploton, la négation de la réalité psychique de l’autre représente une vraie forme de brutalité ainsi «  face à une personne âgée qui clame que sa mère a besoin d’elle, il est inutile de la ramener à l’âge de leurs parents morts. »

 « Il est important de renoncer à la stimulation car elle n’a qu’un effet sur le plan comportemental en ce sens qu’elle se limite qu’à « aiguillonner » :

  • Elle persécute (adhésion du type fuite dans la guérison)

  • Les progrès qu’elles pourraient obtenir:

    • reflètent la volonté de l’intervenant (or, est-il légitime de vouloir à la place d’autrui?)

    • cultivent la soumission (raison pour laquelle elle est anti-éthique)

Il est nécessaire de miser sur la motivation(de la personne âgée):

  • Elle s’appuie sur des ressorts affectifs (l’adhésion profonde)

  • Elle développe des facultés potentielles insoupçonnables,

  • Le progrès part du sujet (développement de l’autonomie)

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Prendre en compte les émotions de l’autre

Prendre en compte la réalité psychique de l’autre c’est travailler en équipe à «  (…).mettre du sens, mettre des mots sur des ressentis, faire un travail d’associations d’idées » ces leviers pouvant  « amener le soignant à utiliser ses émotions avec son intelligence afin d’aller vers ce que Louis Ploton nomme la bientraitance.

(…) C’est précisément là avec ses émotions, qu’il faille travailler et particulièrement avec l’appareil affectif ou se côtoient les lieux des émotions positives / négatives, plaisir / déplaisir / colère, joie / tristesse / dépression, lieu de la motivation / démotivation / apathie, lieu des besoins fondamentaux: d’attachement (avec aussi la composante affective du deuil), d’estime de soi (sentiment de compter, d’être important pour autrui), d’aimer et d’être aimé, de l’appétence spirituelle (à envisager selon les ressentis), notion d’intelligence (adaptation pertinente) et de mémoire affectives.

La dynamique de changement

Il apparaît donc nécessaire d’aider les professionnels à penser leur travail, à élaborer les situations rencontrées, à construire des espaces psychiques qui leur permettent d’appréhender la dimension cachée de leur travail :

 « Le travail psychique des intervenants favorise la modification de leur représentation de ce qui se passe. Souvent dans les événements, des décisions immédiates à prendre ou des réactions ce n’est pas tant ce que l’on a fait ou que l’on fera qui compte, c’est ce que l’on pense d’une situation qui compte le plus. Louis Ploton prend en référence Paul Watzlawick dans son livre une logique de communication quand il explique que : -«  tout changement de regard est porteur de réaménagement relationnel. En changeant mon regard (inconsciemment ou pas) je vais changer mon comportement. Cela va induire pour l’autre l’obligation de changer aussi de comportement ». »

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La nécessité de la clinique

 Au-delà de la nécessaire communication entre professionnels, le recul clinique apparaît particulièrement nécessaire : la personne chargée de l’encadrement des équipes doit ainsi particulièrement veiller à ce que les choix des professionnels soient éclairées par une réflexion qui permette de prendre en considération la complexité de l’autre, au-delà de ce  qu’il peut dire, au-delà de la « vérité » de son discours : où la vérité de la personne, porté par un discours parfois en contradiction avec la réalité, est plus importante que la vérité des faits.

« Il est donc non seulement «  important de s’attacher à connaître l’histoire des gens » mais aussi particulièrement celle qu’ils ont envie de nous raconter (qu’importe si on sait que c’est un mythe !). De même qu’il faille pour un résident nouvellement entrant d’arriver avec sa meilleure image possible. A ce titre, Louis Ploton nous donne une anecdote qui prend tout son sens. Un résident nouvellement arrivé s’est ouvert auprès d’une soignante de son goût prononcé pour la gente féminine. Ce qui lui a valu une mise au banc totale de la part de tous les soignants qui pensaient avoir à gérer un « pervers ». Son séjour a été très compromis et il a fallu un temps infini avant que les soignants ne prennent conscience que ce n’était pas un pervers. Autre exemple et tout aussi significatif de cette résidente citée en exemple pour être une formidable grand-mère et modèle pour ses petites-filles. Mais qui se révèle aussi être une mère abominable et qui tabassait ses enfants. Louis Ploton de rappeler que même les fables sont supportables car elles ont l’avantage d’être structurantes et particulièrement pour celles et ceux qui les racontent. »

Ce travail clinique doit permettre aux professionnels « de s’interroger, faire des hypothèses (qui ne sont pas des vérités) sur les demandes implicites ou explicites » des personnes et de reconnaître leur singularité  qui, si elles peuvent employer les mêmes expressions qu’un autre résident, reste unique et singulière dans son ressenti , son vécu et ses besoins.

Enfin , cette clinique apparait d’autant plus indispensable que bien souvent les demandes ou propos apparemment contradictoires sont souvent « inductrices de conflits ».

(…)

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La référence : le projet institutionnel – le projet du service (institution au sens large)

Un principe directeur doit guider la décision : Au nom de quoi je prends cette décision ? A quoi on sert ? Comment on s’y prend ?  C’est la raison pour laquelle, le projet institutionnel doit être à jour et revu très régulièrement. Il devra comprendre les théories de références, les modes et les principes d’actions. Il ne faut surtout pas perdre de vue que l’on va aider les gens qui souffrent à vivre la dernière tranche de leur vie la plus confortable possible

Là encore, l’importance est rappelée par Louis Ploton sur la nécessité de disposer d’un projet institutionnel qui est régulièrement mis à jour, portant notamment sur:

  • Les principes d’action, les connaissances partagées et les théories de référence;

  • Les temps et modalités d’analyse clinique: même dans l’après-coup, s’il y a eu urgence, sans reproches si quelqu’un a fait comme il a pu et les moyens dont il disposait.

  • Les modalités de prise de décision: qui en dernier ressort décide de quoi après avoir entendu tous ceux qui le souhaitent?

Sachant qu’un projet gagne à être réfléchi avec ceux qui l’appliqueront. S’agissant de la décision, Louis Ploton insiste sur le fait que : -« Quelle que soit la décision prise, il faut qu’elle le soit dans des formes qui garantissent une réflexion suffisante ».

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Le travail interstitiel

Face au deuil d’un résident, les institutions ont généralement conscience de la nécessité « de verbaliser la disparition de celles et ceux qui constituent notre environnement.  » trop souvent, ce travail de verbalisation se fait « dans des espaces spontanés et qui bien qu’efficaces et fructueux demeurent trop informels et sans doute insuffisants car pas assez collectifs (en référence au travail de  René Roussillon sur le « travail interstitiel ». Il est bon d’engager un rituel de deuil en mettant en place un cahier et qu’en réunion l’équipe refasse l’histoire de la personne disparue,a fin d’y évoquer  ce qui a été vécu avec la personne décédée et de ce qu’elle a amené au sein de l’institution.

Il n’est pas rare d’entendre des résidents dire :-« mais vous savez ici, on n’est que des numéros. Est-ce que vraiment on compte dans la structure ?  Quand je serai parti, je serai remplacé et je n’aurais fait que passer».

Comment signifier aux personnes que ce qu’elles apportent à la structure est unique ?  Comment le symboliser ? Peut-être,  dans le fait de faire prendre conscience de ce que l’autre a fait grandir en nous. Ce travail de mémoire, nécessite une vigilance : les personnes qui narcissisent les professionnels (ceux avec qui il existe un lien affectif fort) sont ceux pour qui les équipes vont spontanément  réaliser ce travail de mémoire, au risque de négliger  ceux qui auraient eu moins de visibilité ou moins de lien affectif dans la structure. Cela pourrait vouloir dire qu’il faille se souvenir des uns mais pas des autres ou plus symboliquement qu’il pourrait exister des bons résidents et des mauvais résidents.

Conclusion :

 Au final, une journée placée sous le signe de l’ouverture à des perspectives inconnues ou méconnues et qui sont des préalables à la construction d’une démarche de soins relationnels. Louis Ploton nous donne des « ingrédients » au gré des situations, il distille des messages face aux histoires vécues et ils restent des outils efficaces et très parlants des problèmes rencontrés. Le fond de son message est éminemment plus structurel et structuré parce que le soin relationnel c’est d’abord d’offrir aux personnes âgées un soutien psycho affectif. En cela, le soin relationnel doit être une démarche portée dans un cadre institutionnel, comprise et voulue par l’équipe.

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Quelques pensées glanées au fil de la journée

 De nombreux exemples  ont été donnés et étayés par des cas rapportés et notamment :

  • Le résident qui sonne sans fin et qui est toujours en demande (que l’on qualifie d’usant). Il faut y voir une angoisse d’abandon car tellement perdu dans cet environnement qu’il faille qu’il puisse s’appuyer en permanence sur quelqu’un. Au lieu de ça, les soignants qui sont usés, débranchent la sonnette ou ne répondent pas. Ce qui majore d’autant son angoisse et accentuer sa demande.

  • L’ordre de toilettes est organisé pour une grande majorité dans un ordre arbitraire et qui ne respecte pas les besoins des résidents. Il est rarement organisé en fonction des besoins de chacun. Celle ou celui qui en a le plus besoin se trouve presque toujours celui qui sera fait en dernier. On entretien donc, le système de l’angoisse pour elle mais aussi pour tous les autres résidents car ils savent que si à leur tour un jour ils sont mal, ils ne pourront pas compter sur les soignants. Yves Clercq rappelle que c’est souvent ce que rapportent les équipes. Elles estiment comme un caprice (qui au passage est un mode de désespoir) celui qui veut être fait en premier. Elles décideront donc, de le faire en dernier car elles ne vont pas se rendre « prisonnières» de lui.

  • La peur d’être un objet. Parce que certains ont le sentiment d’être un objet. Dans ces cas précis, proposez et laissez faire ses choix (lui donner le sentiment qu’il est encore « maître » de quelque chose).

  • Le résident « crieur » car au fond il a besoin de se sentir exister.

  • Les « éternels  victimes » et qui ne sont pas les victimes que l’on pense.

  • Le résident qui déambule et dont on peut considérer que c’est une forme de concentration, de besoin de s’isoler. Malicieusement, Louis Ploton nous rappelle que :-«  si ce n’est pas le cas, ça peut lui redonner un sens ».

  • Le sentiment d’inutilité ou de dévalorisation qui s’exprime sous toutes sortes de formes : retrait, provocation, agressivité…

  • Celles et ceux qui disent :-« je ne sers à rien, regardez ce que je suis devenu ? » Louis Ploton dit d’eux qu’ils sont rarement dépressifs et qu’il faut y voir une forme de démotivation. A ceux-là particulièrement, il est important de leur redonner un coup de sur-moi car ils ont encore des obligations et des devoirs envers leur famille et l’image qu’ils renvoient. Ils vont servir de modèle, de référence à leur famille sur le vieillissement.

  • Les obsessionnels qui font partie de ceux qui veulent tout contrôler. Ils gardent ainsi la maîtrise mais aussi la mise à distance de l’autre.

  • Parfois dans le cas des mises à distance qui peuvent aller jusqu’à des phénomènes dits « d’attaques à la pensée » qui font perdre au soignant sa pleine efficacité intellectuelle. C’est pour cette raison qu’il est important de tenir les réunions dans un lieu séparé et calme et de ne pas être dérangé sans cesse par des résidents.

 

Des robots pour tenir compagnie aux personnes âgées

 

Puisque les personnes âgées sont de plus en plus seules, puisque le personnel ça coûte cher, les idées ne manquent pas pour trouver des réponses…. en particulier grâce aux nouvelles technologies et objets connectés, souvent présentées comme un remède…. (si vous ne voyez pas la vidéo ci-dessous, cliquer ici pour la voir ,  ellemérite d’être regardée jusqu’au bout…par son humour elle remet au centre la question de la personne et de son libre arbitre)

 

 

 

Heureusement que les personnes auxquelles les nouvelles technologies sont sensées apporter des solutions sont sans doute plus imaginatives que nous ne le pensons….

Au delà des nouvelles technologies, les robots sont (sérieusement) envisagés comme une réponse aux problémattiques de dépendances et de manque de personnel…

Stimuler l’attention des personnes grâce à un robot, c’est sans doute formidable. On peut toutefois s’interroger légitimement: ne risque-t-on pas d’oublier que les personnes sont aussi de vrais humains et pas que des cerveaux à stimuler?Ce n’est pas seulement d’interactivité ou d’illusion d’échanges dont elles ont besoin, mais de compter pour l’autre, d’une attention attention et de l’intérêt que seule la présence d’une vraie personne peut apporter.

Certains y verront dans ce post une refus de principe: refus de la nouveauté, rejet de la technologie, comme en son temps les grincheux de service ont refusés la locomotive ou l’electricité … les réticences, si elles ont lieu, ne sont pas tant dans l’outil que dans leur utilisation possible, à une époque où l’on considère qu’une personne agée coûte cher à la société…

Que les personnes semblent être joyeuses et heureuses de « jouer » avec le robot, tant mieux; et comme le disait ma grand mère fautes de grives on mange des merles, il faut bien se contenter de ce que l’on nous donne! La question n’est pas tant de savoir si la présence ou non d’un robot auprès des personnes leur fait du bien, mais si ils ne risquent pas à terme d’être un merveilleux alibi pour négliger le facteur humain tellement compliqué à manager: au delà du débat « c’est bien , c’est pas bien », cela interroge sur la manière dont on considère  la personne vieille, mais aussi les aidants: ne sont ils que des « robots » applicateurs de techniques relationnelles et de procédures bientraitantes?

L’arrivée des robots est sans doute une bonne chose, car elle peut provoquer une réaction salubre et une interrogation collective sur la conception que nos sociétés occidentales se font du grand âge et de son accompagnement:   au delà des pertes à accompagner ou compenser, au delà des soins de nursing (le robot à doucher des personnes âgées existe déjà au japon) et de la stimulation sensée (?) ralentir un déclin supposé inévitable, n’est-il pas aussi question du besoin d’exister aux yeux d’un autre, du besoin de considération qui donne envie de vivre ou de mourir, du besoin de compter pour un autre capable d’écouter au delà des mots?

On ne pourra sans doute pas s’opposer à l’arrivé des robots et des objets connectés dans le champ gérontologique: au delà de visions idylliques (parfois désincarnanées) prônées par ceux qui voient dans les robots la possibilité de remplacer  du personnel humain coûteux et imprévisible(mais sans doute est-ce ce qui rend l’humain irremplaçable); au delà du fait que ce n’est pas de stimulation mais d’altérité dont les personnes ont besoin,  c’est bien de la place de la fragilité donc de notre humanité, au sein de notre époque, dont il est aussi question.

cette magnifique vidéo de la société st vincent de Paul l’illustre à sa manière….

 

 

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la pensée du jour: des aidants à accompagner

ci dessous, quelques pensées issues d’une tribune de votre serviteur publiée cet été dans le journal du médecin coordinateur…

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La question de la place et du rôle des familles au sein des établissements gérontologiques, malgré les progrès de la loi 2002-2 qui a instauré leur représentation au sein ds CVS,  reste un sujet délicat, voire une préoccupation. Par la place singulière qu’ils occupent auprès des personnes, les aidants peuvent mettre à mal les pratiques institutionnelles et engendrer des sentiments et attitudes ambivalents au sein de l’institution. Par ce que leur place, n’a pas toujours été pensée au sein de nos organisations, leur présence tout comme leur absence peut être vécue comme une entrave aux soins et aux activités. Il peut être ainsi tentant, afin de s’en préserver, de vouloir les cantonner à un rôle de spectateurs passifs de CVS organisés plus  comme une obligation légale que comme un espace de construction commune.

(…)

Cette réflexion apparait d’autant plus nécessaire que dans un contexte d’engouement pour les directives anticipées il est fortement encouragé de désigner une personne de confiance. Cette personne de confiance étant  souvent un parent proche, sensé capable d’accompagner la personne, de recevoir l’information médicale et de représenter la personne concernant la poursuite, la limitation ou l’arrêt de traitement. Le plus souvent, même si la loi permet d’autres cas de figures, c’est un parent proche qui est désigné, généralement un enfant ou le conjoint en bonne santé. Représenter un parent dans des décisions impliquant l’intime, des choix qui peuvent s’apparenter à des choix de vie ou des choix de mort, nécessite une certaine disponibilité psychique, une capacité à se décentrer de ses propres projections dans la vieillesse et vers la mort dans laquelle le parent le projette.

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Avec l’augmentation de l’espérance de vie, c’est n’est pas seulement l’âge de la survenue des dépendances et du décès qui ont impactés nos institutions et l’évolution des accompagnements, mais aussi les rapports avec les aidants proches dont le profil à considérablement évolué. Il y a encore 2 décennies, les enfants encore en activité et relativement jeunes étaient plongés par le vieillissement dans une réalité du vieillir dont ils pouvait se protéger, considérant qu’ils en étaient encore loin, puisque la retraite (symbole de l’entrée en vieillesse pour les actifs) ne les concernaient (en apparence) que de loin.  Aujourd’hui, ce sont de plus en plus des retraités qui accompagnent leur parent âgés du domicile à l’institution, de l’institution au cimetière.  Ces Seniors, pris en sandwich entre leurs enfants et petits-enfants dont ils assument de plus en plus une aide matérielle non négligeable (garde des petits enfants, financement des études, travaux et bricolage, etc) et leur parent très âgés, doivent apprendre à jongler entre leurs aspirations légitimes à profiter de la vie et leur devoir d’enfant, de parents et de grands parents. Loin des clichés qui les enferment parfois dans un statut d’égoïstes-jouisseurs, ils sont particulièrement impliqués dans la solidarité intergénérationnelle, au risque de sacrifier leur propre préparation psychique à la vieillesse , « pollués » par des perspectives peu réjouissantes du fait de la place particulière qu’ils occupent. Ainsi, il nous arrive souvent, au gré de nos rencontres professionnelles, d’entendre leur peur de vieillir, leur terreur de la dépendance synonyme de déclassement et leur hantise de la maison de retraite.

Le choix de la maison de retraite si il apparait comme un soulagement ou une solution sans alternative, est souvent vécu comme un échec et une trahison : échec du maintien à domicile, trahison vis-à-vis de leur parent à qui ils n’ont pas pu les protéger d’une solution qu’ils n’envisagent pas pour eux même.

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De nombreux aidants peuvent ainsi se retrouvés  tiraillés par des sentiments ambivalents qui pourront rejaillir dans leur relation à l’institution : écartelés entre soulagement et sentiment de culpabilité, ils peuvent tout à la fois vivre l’institution comme une « solution » dont ils attendent légitimement qu’elle prenne en charge la personne dépendante, et comme le signifiant de leur échec à s’occuper eux-mêmes de leur parent.

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L’angoisse et le sentiment de culpabilité des aidants n’est parfois pas perçue par les professionnels : les aidants eux même dépensant souvent une énergie considérable pour la masquer à leur entourage et à eux même. Stratégie de survie psychique, ou simple étape du travail de deuil, cette incapacité à nommer ou identifier sa détresse peut avoir des conséquences négatives sur le long terme et polluer leur rôle et leurs décisions en tant que  personne de confiance: déni de la réalité, demande d’euthanasie ou d’acharnement thérapeutique, effondrement psychique brutal, décompensation après une entrée en institution, méfiance, agressivité et comportement accusateurs qui seront bien souvent l’expression maladroite (voire insupportable) de l’émergence de cette détresse.

Pour les  professionnels, il existe un risque  d’oublier que les mauvais coucheurs, les râleurs, les pleurnicheurs, les inspecteurs des travaux finis, les procéduriers  sont aussi des personnes qui cherchent leur place et s’infiltrent naturellement dans les rares interstices qui leurs sont laissés, faute de mieux. Prendre en compte la souffrance, les ambivalences, les envies contradictoires, les absences ou l’agressivité comme l’expression d’un désir (parfois refoulé), malmené par le réel, de (re)trouver une place auprès d’un proche, est un défi qui nécessite une véritable réflexion institutionnelle (…)

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Mettre le soins relationnels au coeur des institutions avec Le professeur Louis Ploton.

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Pour la plupart des professionnels travaillant en gérontologie, la présence à l’autre et l’écoute sont au cœur de leurs préoccupations et leur apparaît comme une évidence. Cette préoccupation se manifeste naturellement dans le soucis de l’autre , la volonté de considération, l’écoute de la personne et
la prise en compte de ses besoins et ses désirs.

Pourtant la  réalité institutionnelle, les contraintes de l’organisation peuvent les amener à transformer l’autre en objet de soin, à le réduire aux actes et aux soins à accomplir, au risque de passer à côté de la personne lorsque l’activité et le rythme de travail sont trop intense.

L’enjeu des soins relationnels est majeur: la relation l’accompagnement et l’altérité ayant de réelles vertus thérapeutiques.

Pour le cadre de proximité chargé de manager les équipes et de veiller à la bientraitance, il ne suffit donc pas de reprocher aux équipes de ne pas être suffisamment bienveillant ou à l’écoute, mais de travailler à la mise en place de conditions qui permettent aux équipes de rester ou retrouver cette dynamique relationnelle.

Il ne suffit pas non plus de décréter la nécessité de ses soins relationnels: c’est un véritable projet collectif qu’il faut porter et manager au quotidien.

Dans cette optique, en collaboration avec la fnadepa pays de la Loire et votre blog préféré, l’institut Meslay propose aux iderco, médecins co, psychologue, directeurs d’établissement pour personnes âgées ou autres professionnels motivés par ce sujet, une journée exceptionnelle avec louis Ploton :

Vendredi 23 septembre 2016
à l’Institut MESLAY (sud de Nantes)
de 10 h 00 à 17 h 00

 

Vous pouvez télécharger le programme et bulletin d’inscription ici

 

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